
Buste de Napoléon III - Parc thermal de Vichy (cliché Pierre Desmarais)
Paysans bourbonnais saluant le Prince-Président (L'Illustration du 25 septembre 1852)
Après une journée ponctuée par de nombreuses cérémonies, le Prince prit congé de Moulins le 17 au matin. Peu avant son départ, Louis-Napoléon Bonaparte fit montre de quelques largesses en offrant notamment une somme de 2 000 francs aux anciens militaires de l'Empire, relais vivaces de la légende dorée napoléonienne. Sur les artères conduisant aux portes de la ville, une foule considérable s'était massée, "le mauvais temps n'a diminué en rien ni l'affluence, ni l'enthousiasme. La foule se presse sous la pluie. Autour de la voiture du Prince, qui traverse la ville au pas, il n'y a dans toutes les bouches qu'un cri, vibrant et passionné : Vive Napoléon III !Vive l'Empereur ! Le prince salue de la main ces acclamations qui ne cessent de retentir. Enfin, hors de la ville, les chevaux s'élancent au galop sur la route de Roanne (...) De Moulins à Roanne, les voitures présidentielles avaient vingt-huit lieues à franchir. C'est presque une journée de route. Ce long trajet n'a été qu'une série d'ovations. Partout les décors rustiques, des arcs de triomphe de feuillages avaient été élevés. Les autorités des communes voisines, des brigades de gendarmerie en grand uniforme, les villageois étaient venus attendre sur la route, le chef de l'Etat. Partout ce sont les mêmes manifestations, les mêmes cris de Vive l'Empereur !" (François Laurent, Voyage de S.A.I Louis-Napoléon dans les départements du Centre et du Midi, 1852)
Si l'on reprend l'emphase des grands quotidiens officiels, un accueil remarquable attendit le Prince-Président à La Palisse, ville alors célébrée à cause du combat qu'y menèrent les autorités locales face à la "jacquerie" des Donjonais le 4 décembre 1851. Tous les acteurs de cette victoire trouvèrent, en cette journée du 17 septembre, le précieux concours de la population lapalissoise qui avait dressée deux arcs de triomphe du meilleur goût aux entrées de la ville. Une haie d'honneur organisée par les gardes nationales des environs ainsi que par les pompiers de La Palisse, Vichy, Cusset, Creuzier-le-Vieux et Busset accueillit le Prince-Président.
Sur les indications du Préfet, Louis-Napoléon Bonaparte remit la Légion d'Honneur au citoyen Xavier Bouquet de La Grye (1799-1859), ancien soldat de l'Empire et garde du corps du Roi, qui avait déployé une rare énergie lors de l'émeute de décembre. En outre, une somme de 500 francs fut remise au sous-préfet Rochefort pour les pauvres de l'arrondissement. A l'occasion de cette visite présidentielle, le sous-préfet se vit d'ailleurs remettre cette fameuse épée d'honneur offerte par les habitants de La Palisse en reconnaissance de son courage face aux émeutiers. Enfin, 300 francs à M. Meilheurat, maire de Lapalisse, à destination des militaires et des ouvriers blessés. Le même Meilheurat, autre héros du 4 décembre, prononça ensuite un discours dans lequel il fit l'éloge convenue du "libérateur de la France et de l'Elu de la Nation". Au bout de deux heures, le cortège présidentiel reprit la route en direction du département de la Loire. Le Moniteur universel, organe de presse officiel souligna dans ses colonnes que "le département de l'Allier conserve un éternel souvenir de la visite trop courte du chef de l'Etat; mais les effets en seront profonds et durables. Longtemps agité et divisé par les factions, le département tout entier s'est uni, cette fois, dans ce seul cri : VIVE L'EMPEREUR !".

L'Aigle impérial (cliché Pierre Desmarais)
1856 : Eugène-Arthur Picard d'Ambeysis, parent de Persigny, nommé sous-préfet de La Palisse (1856-1858)
Au-delà de ces journées particulières des 16 et 17 septembre 1852, le pouvoir impérial continua à se méfier de notre département et n'eut de cesse de renforcer, par touches successives, ses structures de contrôle. Dans son admirable étude sur Napoléon III, Pierre Milza souligna combien fut primordiale pour le nouveau régime le pouvoir de l'administration préfectorale dont les pouvoirs furent accrus par le décret du 25 mars 1852. Dans un chapitre intitulé "Une société sous surveillance", Pierre Milza précise justement à ce propos : "les préfets occupent le sommet de l'édifice administratif (...) ils sont les représentants de l'Empereur dans chaque département, en charge du maintien de l'ordre et de l'exécution des lois et réglements."
Les événements du 4 décembre 1851 avait placé l'arrondissement de La Palisse sous l'oeil de la préfectorale. Aussi, le 15 décembre 1856, ce fut un serviteur zélé de l'Empereur, Eugène-Arthur Picard d'Ambeysis qui fut nommé sous-préfet de La Palisse. Cette nommination dut beaucoup à l'entremise de Persigny, bras droit de l'Empereur. Dans une lettre du 4 mars 1858 adressé à son Altesse Impériale, Picard d'Ambeysis rappelait d'ailleurs : "Lorsque le 20 décembre dernier, j'ai eu l'honneur d'être reçu par Votre Majesté, elle a daigné me promettre de me nommer sous-préfet de Roanne, ou a défaut, à une autre sous-préfecture de Iere classe. J'ai omis de dire à Votre Majesté que c'était par M. de Persigny, mon parent, que je lui avais été présenté il y a neuf ans et que M. de Persigny pourrait attester au besoin la réalité de mes services et mon énergique dévouement, avant d'être dans l'administration et depuis six années que je suis sous-préfet."

Arthur Picard d'Ambeysis, sous-préfet de La Palisse entre 1856 et 1858
En cette année 2008, bicentenaire de la naissance de Napoléon III, le temps est venu d'effectuer une relecture de l'oeuvre et de la personnalité de ce "Mal-aimé de l'Histoire". Certes, tout le monde reconnaît désormais que le Second Empire fut une fantastique période d'expansion marquée par une forte industrialisation, où le génie français put s'épanouir tant en Europe que dans le Monde, mais il reste à travailler sur l'image du politique. Personnage controversé, Louis-Napoléon Bonaparte fut à la fois le premier Président de la République française et le dernier souverain de notre pays. Honni par les uns, plébiscité par d'autres, il ne laissa aucun de ses contemporains indifférent. Napoléon III était tout simplement une personnalité complexe, moderne par bien des aspects. Lui-même ne définissait-il pas l'architecture de son pouvoir au travers d'une boutade provocatrive : "Quel gouvernement que le mien ! L'impératrice est légitimiste, Napoléon-Jérôme républicain, Morny orléaniste, je suis moi-même socialiste. Il n'y a de bonapartiste que Persigny, mais il est fou."

Depuis quelques années, le parcours et la personnalité de Persigny sont revisités par les historiens fançais à l'image, ici, de Pascal Clément.
Loin de la complexité de la cour des Tuileries, La Palisse demeurait invariablement une terre conservatrice...
Pierre Desmarais