vendredi 29 août 2008

1852 : Visite du Prince-Président (Napoléon III) à La Palisse - 1856 : Arthur Picard d'Ambeysis, parent de Persigny, nommé sous-préfet de La Palisse

Lapalisse en Bourbonnais est une des rares communes françaises à posséder un monument commémoratif dédié aux victimes du Coup d'Etat du 2 décembre 1851. Cette création républicaine du début du XXe siècle fausse la réalité historique : Lapalisse fut, sous la Seconde République et le Second Empire, une ville résolument conservatrice.


Le scrutin présidentiel du 10 décembre 1848 plébiscita le Prince Louis-Napoléon Bonaparte qui obtint près des trois-quarts des voix. Cependant, ce mandat de quatre ans ne pouvait être, selon les dispositions de la Constitution de 1850, renouvelable. Suite au rejet, en novembre 1851, d'une révision de la Constitution, l'entourage le plus proche du Prince-Président (Morny, Fleury, Saint-Arnaud, Maupas, Rouher, Persigny) envisagea alors de passer en force en choisissant de dissoudre de façon autoritaire la Chambre et le Conseil d'Etat.




2 décembre 1851 : Passage réussi du Rubicon



Au-delà de ce groupe de fidèles, ce "pronunciamento élyséen" reçut l'aval des autorités militaires, policières, ecclésiastiques et financières. Dans la nuit du 1er au 2 décembre, la Chambre fut destituée, les députés les plus républicains arrêtés et Paris mit en "état de siège". Un implacable maillage policier et militaire s'abattit alors sur la Capitale afin de contrôler les possibles foyers de contestation. Plusieurs poches de résistances républicaines réussirent tout de même à se former dans Paris où la répression fut extrêmement brutale (1200 morts selon certains organes de presse... 380 pour les services de Police). En province, de nombreux spasmes républicains soulevèrent les campagnes du Sud-Est et du Centre du pays. Le 4 au soir, l'ordre régnait sur la France.



Les 20 et 21 décembre, un plébiscite fut organisé pour approuver ou non les réformes constitutionnelles prévues par Louis-Napoléon Bonaparte. Avec 7 439 216 OUI contre 640 737 NON, les Français accordèrent une confortable marge de manoeuvre au Prince-Président. Le Messager de l'Allier (relais du Parti de l'Ordre en Bourbonnais) du 23 décembre 1851 notait au sujet de ce plébiscite que "Plusieurs communes, notamment celle de La Palisse, ont voté par OUI, pas un non ne s'est trouvé dans l'urne.Les habitants de la ville de La Palisse, en tête desquels se trouvent les ouvriers, ont ouvert spontanement une souscription pour offrir à M. de Rochefort, sous-préfet et à M. Meilheurat, maire, au premier une EPEE et au second une Echarpe d'Honneur, à raison du courage et de l'énergie qu'ils ont déployés lors des malheureux évènements qui ont affligé notre ville dans la journée du 4 Décembre. Le montant de cette souscription est déjà complet et quelques communes des environs veulent s'y associer. Hommage aux hommes qui comprennent si bien les vertus civiques et savent élever la société par la reconnaissance et le dévouement !"


Dans les semaines qui suivirent le plébiscite, la marche vers l'Empire s'accélèra. Le programme du nouveau régime était simple : poursuivre la restauration de la France en s'appuyant sur L'ORDRE et L'UNION. Pourtant d'essence sociale et libérale, l'idéologie bonapartiste dut, au lendemain du Coup d'Etat du 2 décembre, se radicaliser pour rassurer la bourgeoisie et se coupa de ce fait d'une partie de ses bases populaires. Alors que les Orléanistes (la branche libérale des royalistes), rangés derrière Adolphe Thiers, n'eurent de cesse de fustiger les visées hasardeuses d'un manipulateur opportunistes, les Républicains, et en premier lieu Victor Hugo, tirèrent à boulets rouges contre les "ambitions politiques" du Prince-Président que toute la Gauche démocratique ne tarda pas à affubler des sobriquets de Napoléon le Petit ou de Badinguet.




Pacifier les "Provinces rebelles "


Exceptée Paris, aucune grande ville française ne fut agitée par les soubressauts républicains à l'annonce du coup d'Etat du 2 décembre. Cependant, comme nous l'avons déjà dit, plusieurs "Jacqueries" eurent lieu dans le Var, les Basses-Alpes, l'Hérault, la Dordogne, le Tarn, le Lot-et-Garonne, la Nièvre, le Cher, L'Yonne, le Jura et l'Allier. Plusieurs de ces soulèvements républicains prirent, à l'image des évènements de La Palisse le 4 décembre, une tournure dramatique. Pour réprimer ces soulèvements, l'Etat ne tarda pas à mettre en place des juridictions d'exception. De plus, le pouvoir bonapartiste s'empressa de parfaire les maillages administratifs et policiers dévoués à sa cause. L'ancien préfet de Police parisien, Pierre Carlier, qui avait énergétiquement brisé la rébellion dans la Capitale, se vit confier par exemple une mission de première importance : restaurer la sûreté dans les départements de la Saône-et-Loire, de la Nièvre et de l'Allier.







Buste de Napoléon III - Parc thermal de Vichy (cliché Pierre Desmarais)



Afin d'asseoir encore un peu plus son nouveau pouvoir et de cadencer la marche vers l'Empire, le Prince-Président entreprit en septembre 1852 un voyage dans les provinces du Centre et du Midi qui prit vite l'allure d'une tournée triomphale. Partout, le Prince-Président soigna son image en allant à la rencontre des petites gens et des masses laborieuses : recevant les fileuses de Bourges, dialoguant avec des mariniers à Nevers, saluant la paysannerie bourbonnaise... Le Moniteur Universel du 18 septembre 1852 relata par le menu l'itinéraire princier de l'avant-veille. Après Bourges et Nevers, le cortège officiel arriva à Moulins où la municipalité chercha par tous les moyens à montrer combien la ville était attachée au nouveau régime. Le maire moulinois rappela dans son discours que "la ville de Moulins, qui a toujours lutté avec énergie et conviction contre l'esprit de désordre, a été saisie d'admiration et pénétrée de reconnaissance pour vous, lorsque l'acte héroïque du 2 décembre tira la France de l'anarchie."




Paysans bourbonnais saluant le Prince-Président (L'Illustration du 25 septembre 1852)

Après une journée ponctuée par de nombreuses cérémonies, le Prince prit congé de Moulins le 17 au matin. Peu avant son départ, Louis-Napoléon Bonaparte fit montre de quelques largesses en offrant notamment une somme de 2 000 francs aux anciens militaires de l'Empire, relais vivaces de la légende dorée napoléonienne. Sur les artères conduisant aux portes de la ville, une foule considérable s'était massée, "le mauvais temps n'a diminué en rien ni l'affluence, ni l'enthousiasme. La foule se presse sous la pluie. Autour de la voiture du Prince, qui traverse la ville au pas, il n'y a dans toutes les bouches qu'un cri, vibrant et passionné : Vive Napoléon III !Vive l'Empereur ! Le prince salue de la main ces acclamations qui ne cessent de retentir. Enfin, hors de la ville, les chevaux s'élancent au galop sur la route de Roanne (...) De Moulins à Roanne, les voitures présidentielles avaient vingt-huit lieues à franchir. C'est presque une journée de route. Ce long trajet n'a été qu'une série d'ovations. Partout les décors rustiques, des arcs de triomphe de feuillages avaient été élevés. Les autorités des communes voisines, des brigades de gendarmerie en grand uniforme, les villageois étaient venus attendre sur la route, le chef de l'Etat. Partout ce sont les mêmes manifestations, les mêmes cris de Vive l'Empereur !" (François Laurent, Voyage de S.A.I Louis-Napoléon dans les départements du Centre et du Midi, 1852)



17 septembre 1852 : Arcs de triomphe à La Palisse


Si l'on reprend l'emphase des grands quotidiens officiels, un accueil remarquable attendit le Prince-Président à La Palisse, ville alors célébrée à cause du combat qu'y menèrent les autorités locales face à la "jacquerie" des Donjonais le 4 décembre 1851. Tous les acteurs de cette victoire trouvèrent, en cette journée du 17 septembre, le précieux concours de la population lapalissoise qui avait dressée deux arcs de triomphe du meilleur goût aux entrées de la ville. Une haie d'honneur organisée par les gardes nationales des environs ainsi que par les pompiers de La Palisse, Vichy, Cusset, Creuzier-le-Vieux et Busset accueillit le Prince-Président.



Sur les indications du Préfet, Louis-Napoléon Bonaparte remit la Légion d'Honneur au citoyen Xavier Bouquet de La Grye (1799-1859), ancien soldat de l'Empire et garde du corps du Roi, qui avait déployé une rare énergie lors de l'émeute de décembre. En outre, une somme de 500 francs fut remise au sous-préfet Rochefort pour les pauvres de l'arrondissement. A l'occasion de cette visite présidentielle, le sous-préfet se vit d'ailleurs remettre cette fameuse épée d'honneur offerte par les habitants de La Palisse en reconnaissance de son courage face aux émeutiers. Enfin, 300 francs à M. Meilheurat, maire de Lapalisse, à destination des militaires et des ouvriers blessés. Le même Meilheurat, autre héros du 4 décembre, prononça ensuite un discours dans lequel il fit l'éloge convenue du "libérateur de la France et de l'Elu de la Nation". Au bout de deux heures, le cortège présidentiel reprit la route en direction du département de la Loire. Le Moniteur universel, organe de presse officiel souligna dans ses colonnes que "le département de l'Allier conserve un éternel souvenir de la visite trop courte du chef de l'Etat; mais les effets en seront profonds et durables. Longtemps agité et divisé par les factions, le département tout entier s'est uni, cette fois, dans ce seul cri : VIVE L'EMPEREUR !".





L'Aigle impérial (cliché Pierre Desmarais)




1856 : Eugène-Arthur Picard d'Ambeysis, parent de Persigny, nommé sous-préfet de La Palisse (1856-1858)


Au-delà de ces journées particulières des 16 et 17 septembre 1852, le pouvoir impérial continua à se méfier de notre département et n'eut de cesse de renforcer, par touches successives, ses structures de contrôle. Dans son admirable étude sur Napoléon III, Pierre Milza souligna combien fut primordiale pour le nouveau régime le pouvoir de l'administration préfectorale dont les pouvoirs furent accrus par le décret du 25 mars 1852. Dans un chapitre intitulé "Une société sous surveillance", Pierre Milza précise justement à ce propos : "les préfets occupent le sommet de l'édifice administratif (...) ils sont les représentants de l'Empereur dans chaque département, en charge du maintien de l'ordre et de l'exécution des lois et réglements."


Les événements du 4 décembre 1851 avait placé l'arrondissement de La Palisse sous l'oeil de la préfectorale. Aussi, le 15 décembre 1856, ce fut un serviteur zélé de l'Empereur, Eugène-Arthur Picard d'Ambeysis qui fut nommé sous-préfet de La Palisse. Cette nommination dut beaucoup à l'entremise de Persigny, bras droit de l'Empereur. Dans une lettre du 4 mars 1858 adressé à son Altesse Impériale, Picard d'Ambeysis rappelait d'ailleurs : "Lorsque le 20 décembre dernier, j'ai eu l'honneur d'être reçu par Votre Majesté, elle a daigné me promettre de me nommer sous-préfet de Roanne, ou a défaut, à une autre sous-préfecture de Iere classe. J'ai omis de dire à Votre Majesté que c'était par M. de Persigny, mon parent, que je lui avais été présenté il y a neuf ans et que M. de Persigny pourrait attester au besoin la réalité de mes services et mon énergique dévouement, avant d'être dans l'administration et depuis six années que je suis sous-préfet."



Arthur Picard d'Ambeysis, sous-préfet de La Palisse entre 1856 et 1858


En cette année 2008, bicentenaire de la naissance de Napoléon III, le temps est venu d'effectuer une relecture de l'oeuvre et de la personnalité de ce "Mal-aimé de l'Histoire". Certes, tout le monde reconnaît désormais que le Second Empire fut une fantastique période d'expansion marquée par une forte industrialisation, où le génie français put s'épanouir tant en Europe que dans le Monde, mais il reste à travailler sur l'image du politique. Personnage controversé, Louis-Napoléon Bonaparte fut à la fois le premier Président de la République française et le dernier souverain de notre pays. Honni par les uns, plébiscité par d'autres, il ne laissa aucun de ses contemporains indifférent. Napoléon III était tout simplement une personnalité complexe, moderne par bien des aspects. Lui-même ne définissait-il pas l'architecture de son pouvoir au travers d'une boutade provocatrive : "Quel gouvernement que le mien ! L'impératrice est légitimiste, Napoléon-Jérôme républicain, Morny orléaniste, je suis moi-même socialiste. Il n'y a de bonapartiste que Persigny, mais il est fou."




Depuis quelques années, le parcours et la personnalité de Persigny sont revisités par les historiens fançais à l'image, ici, de Pascal Clément.


Loin de la complexité de la cour des Tuileries, La Palisse demeurait invariablement une terre conservatrice...


Pierre Desmarais