lundi 20 octobre 2008

4 juillet 1852 : M. de Saint-Arnaud, Ministre de Napoléon III et M. de Rochefort, sous-préfet de La Palisse victimes de la vindicte populaire

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A l'inverse des villes de Moulins, de Vichy et de Montluçon cadenassées par la bourgeoisie, les campagnes "républicaines" du Bourbonnais demeurèrent longtemps hostiles au Coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851. Afin de purger la France de ses "mauvais éléments", des juridictions d'exception (les fameuses commissions mixtes) furent rapidement mises en place. De nombreux républicains furent ainsi "transportés" en Algérie et en Guyane. L'historien André Zysberg rappelle à ce titre que le bagne de Cayenne naquit en mars 1852. Le 31 mars 1852, la corvette L'Allier quitta Brest pour la Guyane avec à son bord plus de 300 forçats, extraits des bagnes de Brest et de Rochefort. Le Journal des Débats (Organe de presse officiel) du 15 mars 1852 précisait d'ailleurs que : "M. Sarda-Garriga, nommé Commissaire général à la Guyane française et chargé de la direction supérieure des Etablissements pénitentiaires de cette colonie, va partir à bord de la corvette de charge L'Allier, pour se rendre à son poste. L'Allier précédera les autres bâtiments et emmenera un premier convoi de 300 déportés." Les premiers bagnards furent débarqués sur l'Ile du Salut qui devint le noyau originel du Bagne. (*)



La Loire assurant le transport des bagnards jusqu'en Guyane


Le Journal des Débats du 5 Juillet 1852 publia à ce sujet dans ses colonnes des extraits d'un rapport rédigé par Théodore Ducos, Ministre de la Marine et des Colonies, à l'adresse du Prince-Président : " Les baraquements en bois, si rapidement construits à Bordeaux, sont arrivés à l'époque que j'avais fixée, et ont été montés avec un entier succès sur les îles du Salut. Les renforts d'infanterie de marine et de gendarmerie que j'avais dirigés sur la Guyane ont accompli leur traversée sans le moindre accident ; les bâtiments légers à vapeur que je destinais au service local, les vivres, les médicamens, les instruments de travail sont déjà depuis longtemps à la disposition de l'autorité supérieure de la colonie. Dans ces conditions, avec ces garanties et après avoir pris toutes les précautions, j'ai ordonné le départ de L'Allier. Cette corvette de charge, montée par un vigoureux équipage, protégée par un nombre suffisant de gendarmes et de fantassins de marine, a quitté Brest le 31 mars. M. Sarda-Garriga, commissaire extraordinaire de la Guyane, accompagné d'un respectable aumonier, a pris passage sur L'Allier. Ce premier convoi composé de 311 forçats choisis dans les bagnes de Rochefort et de Brest parmi les hommes des professions les plus utiles, est arrivé le 12 Mai en vue des îles du Salut. "




M. Sarda-Garriga venant dispenser progrès et justice sous les tropiques.
(Sur ce tableau conservé au Musée d'Orsay, M. Sarda-Garriga annonce en 1848 aux esclaves de l'Ile Bourbon la suppression de l'esclavage)



Le départ des forçats pour Cayenne à bord de la frégate La Loire (début du XXe siècle)



Le pouvoir césarien né du Coup d'Etat du 2 décembre dut cependant très vite faire preuve de pragmatisme et de clémence pour consolider ses assises en province. Ainsi, la sévérité de la commission mixte de l'Allier, qui avait prononcé au printemps 1852 117 inculpations, fut largement atténuée dans les mois qui suivirent : " M. le Général de Canrobert, de retour à Moulins, n'y a fait qu'un très court séjour : il est reparti pour Bourges. Plusieurs prisonniers ont encore à bénir la clémence du Prince-Président. Environ quatre vingts alternoiements ou commutations de peine ont été accordés par M. le Général de Canrobert aux prisonniers politiques de l'Allier, dont le sort avait été fixé par les commissions. " (Le Messager de l'Allier du 20 avril 1852). Néanmoins, les préparatifs du grand voyage d'Etat du Prince-Président dans les provinces du Centre et du Midi prèvu en septembre 1852 étaient entâchés par le souvenir des malheureux événements qui s'étaient déroulés à La Palisse le matin du 4 décembre 1851 et qui attisaient encore de fréquentes convulsions locales. Ainsi, plusieurs journaux conservateurs (Le Journal des Débats, la Patrie, le Moniteur Universel, Le Constitutionnel...) se firent l'écho d'un "attentat" perpétré à l'encontre du Général de Saint-Arnaud, Ministre du Prince-Président et de M. de Rochefort, sous-préfet de La Palisse, début juillet dans l'arrondissement de La Palisse. Le Journal des Débats, reprenant des détails parus dans Le Pays, donna dans ses colonnes des précisions sur l'incident :



Le Maréchal de Saint-Arnaud (lithographie de Larivière)



"le général était allé le 4 juillet, vers cinq heures du soir, se promener à cheval avec Mme de Saint-Arnaud, M. de Rochefort, sous-préfet de La Palisse et Mme de Rochefort, du côté de Saint-Germain. C'est là que doit aboutir le chemin de fer qui, l'année prochaine, se prolongera de Paris à Nevers et de Nevers à Clermont et Lyon, en bifurquant. Le général avait voulu visiter le futur emplacement du prochain embarcadère de Vichy, éloigné d'une lieue et demie ou deux lieues de cette station. C'était fête à Saint-Germain, petite commune de six ou sept cents âmes, animée ce jour-là par une foule de cinq à six mille habitants des environs, attirés par le dimanche et par la fête du pays. Les ouvriers occupés aux travaux du Chemin de fer faisaient nombre. La cavalcade suivait la route, lorsque dix ou douze individus, rangés en file transversale, marchaient en sens inverse et barraient conséquemment le chemin. Le ministre de la Guerre et le sous-préfet qui ne furent pas sans doute reconnus, voulurent naturellement passer : soit que les têtes fussent un peu échauffées par le vin, soit malentendu, il y eut hésitation, résistance, les dames passèrent, mais le général eut quelques peines à en faire autant, il se fâcha, ces individus s'exaspérant les uns les autres, se mirent à crier : "Aux pierres ! aux pierres !" et en effet, ils en ramassèrent sur la chaussée et se mirent à en jeter sur le général. L'une d'elles le frappa à la tête, renversa son chapeau, qu'un domestique alla promptement relever. Le général, ne voulant pas effrayer sa femme, la rejoignit immédiatement, sans lui rien dire de la blessure qui venait de l'atteindre et ils s'éloignèrent assez rapidement. Mais, quoique le jour començait à baisser, il ne put pas cacher plus longtemps le sang qui coulait de la partie supérieure de sa tête. On trouva à grand peine de l'eau pour l'étancher et, vers neuf heures et demie du soir, le Ministre et les personnes qui l'accompagnaient étaient à Vichy.



Un général et son aide-de-camp (lithographie du XIXe siècle)

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La plaie fut immédiatement pansée, elle avait abondamment saignée. Aujourd'hui, le ministre est sorti dès le matin, il a été accueilli avec empressement par les baigneurs qui avaient appris cet accident avec un chagrin d'autant plus général que les commentaires attribuaient déjà à cette affaire plus de gravité qu'heureusement elle n'en a. Vichy fait partie de l'arrondissement de La Palisse, auquel appartient aussi cette commune de Saint-Germain. Chacun se rappelait alors les déplorables violences dont La Palisse a été récemment le théâtre et en tirait les plus douloureuses conséquences sur l'esprit de ces populations, si tristement ameutées contre les bourgeois. Si ces premières impressions étaient exagérées, elles n'étaient peut-être pas malheureusement dénuées de toute justesse. Et quoique les auteurs de ces plaisanteries brutales, plus ou moins avinées, ne connussent certainement pas la qualité du personnage auquel ils s'attaquaient, il n'en est pas moins vrai que cet accaparement de la voie publique au nom de nous ne savons pas quelle joie grossière, accompagnée de violences et d'injures, est un fait inqualifiable, indigne d'une nation civilisée. Les coupables seront sans doute reconnus et punis."

Le général de Saint-Arnaud régait à ce malheureux incident dans une lettre du 5 juillet 1852 adressée à son frère : "Ce n'est pas au ministre que les pierres ont été lancées, c'est tout simplement aux ARISTOS. C'est la guerre de la VESTE contre l'HABIT." (Saint-Arnaud, correspondance (1832-1854), tome II, Edition Lévy, Paris, 1855).

Le Messager de l'Allier (journal du Parti de l'Ordre en Bourbonnais) du 9 juillet 1852 revint sur cette affaire en précisant que "Trois individus, auteurs de l'agression contre le Général de Saint-Arnaud, ont été arrêtés. Ce sont des métayers des environs, dont deux paraissent être habituellement paisibles, ils expriment de très grands regrets de ce qu'ils ont fait, en rejetant sur l'ivresse une faute qu'ils n'auraient jamais commise à jeûn."
La presse nationale ne manqua pas de signaler dans ses colonnes, l'heureux retour aux Tuileries du général de Saint-Arnaud, à présent remis d'une "légère blessure".

Achille Leroy de Saint-Arnaud, bras armé du Coup d'Etat du 2 décembre 1851 ne tarda pas à être récompensé par le Prince-Président : il fut fait Maréchal de France le 2 décembre 1852, jour de la proclamation du Second Empire.
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(*)- " M. Sarda-Garriga succèda le 10 Mars 1852 au Capitaine de Vaisseau de Chabannes-Curton de La Palice ( le portrait du futur Amiral se trouve au château de Lapalisse ) comme gouverneur de la Guyane. Les corvettes de charge appelées aussi Flutes , étaient de très grands trois mâts, pouvant jauger jusqu'à 800 tonneaux, et pouvant possèder une capacité d'artillerie entre 20 et 30 bouches à feu. Si le transport L'ALLIER, fut le Ier navire a être affrêté par l'Etat pour la déportation des Iers forçats; Ironie de l'Histoire, ce sera paradoxalement - quelques années plus tard - un illustre enfant du département de l'Allier : le journaliste Albert LONDRES, qui faira prendre conscience de l'inhumaine condition de détention des pénitentiaires. En 1923, le célèbre journaliste s'embarqua pour Cayenne, décidé de mener à bien une enquête sur le bâgne. La publication du reportage paru dans " Le Petit Parisien " eut un tel retentissement, qu'il entraîna peu à peu la suppression définitive du bagne. A lire absoluement l'exellent ouvrage d'Albert LONDRES : " Au bagne " .

Textes et photos - Pierre Desmarais