dimanche 26 octobre 2008

Le moulin de Montciant (Le Breuil)

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Dans l'ancienne France, les moulins tenaient une place essentielle dans la vie des villages. Le moulin était en effet très souvent la seule "usine" du monde rural derrière les murs de laquelle, grâce à une alchimie qui ne cessait de frapper l'esprit de nos aïeuls, le grain se transformait en farine avant de fournir le pain quotidien. Les passages chez le meunier ponctuaient donc l'année-récolte et donnaient lieu à de nombreuses réjouissances : on y buvait et on y dansait afin de conjurer la fragilité de la vie.

L'histoire du Moulin de Montciant, situé sur la commune du Breuil, illustre à merveille toute l'évolution de la meunerie rurale bourbonnaise, de la force de l'eau à l'insertion dans le tourisme vert.





Le moulin de Montciant, établi sur le cours du Barbenan, s'élève à la croisée de vieux chemins menant au Breuil, à Châtelus, à Droiturier et à Arfeuilles. Si une partie des bâtiments datent du XVIIIe siècle, le moulin, tel que nous le connaissons aujourd'hui, remonte à 1825. En 1880, André Blache, grainetier à Arfeuilles (mais originaire de la Drôme) acheta le moulin qui fonctionnait jusqu'alors avec deux roues en bois et l'équipa d'une machine à vapeur pour pallier le manque d'eau lors des périodes d'étiage ou de gel. En 1921, Louis Beluze, qui avait épousé la fille du meunier, reprit l'affaire familiale. Il installa des roues à augets métalliques, puis, remplaça en 1931 la machine à vapeur (dont la cheminée se dresse encore à l'arrière du bâtiment) par un moteur électrique, toujours visible dans le moulin.



Les roues à augets




En 1950, les meules en pierre furent remplacées par
des appareils à cylindres entraînés par des courroies


A l'époque, Louis Beluze travaillait avec deux ou trois employés et son activité rayonnait jusque dans les départements de la Loire et du Rhône. Montciant était alors un lieu fréquenté : un bistrot trônait en face au moulin et quelques bals étaient organisés chaque année sous les marronniers.




Louis Beluze (1889-1962), meunier de Montciant, conseiller municipal du Breuil de 1928 à 1937, maire de la commune de 1937 à 1944.


En 1956, André Beluze prit les rênes du moulin, secondé par sa femme, Solange. L'affaire prospéra jusqu'au milieu des années 1970 où la concurrence des grandes unités minotières devint de plus en plus dure. André et Solange Beluze cessèrent leur activité le 31 décembre 1987, le contingentement du moulin fut alors vendu à Serge Caffière, propriétaire du moulin de Lapalisse. Quatre ans plus tard, lors d'une journée portes ouvertes, naquit l'idée de créer un musée de la meunerie qui vit finalement le jour en 1992.




Solange et André Beluze, les derniers meuniers de Montciant

(cliché de 1990)

S. HUG


Remerciements à Madame Josette Videt, fille des derniers meuniers de Montciant, animatrice du Musée de la Meunerie.


Tous droits réservés au Musée de la Meunerie de Montciant.


HUGSTEPHANE@aol.com

lundi 20 octobre 2008

4 juillet 1852 : M. de Saint-Arnaud, Ministre de Napoléon III et M. de Rochefort, sous-préfet de La Palisse victimes de la vindicte populaire

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A l'inverse des villes de Moulins, de Vichy et de Montluçon cadenassées par la bourgeoisie, les campagnes "républicaines" du Bourbonnais demeurèrent longtemps hostiles au Coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851. Afin de purger la France de ses "mauvais éléments", des juridictions d'exception (les fameuses commissions mixtes) furent rapidement mises en place. De nombreux républicains furent ainsi "transportés" en Algérie et en Guyane. L'historien André Zysberg rappelle à ce titre que le bagne de Cayenne naquit en mars 1852. Le 31 mars 1852, la corvette L'Allier quitta Brest pour la Guyane avec à son bord plus de 300 forçats, extraits des bagnes de Brest et de Rochefort. Le Journal des Débats (Organe de presse officiel) du 15 mars 1852 précisait d'ailleurs que : "M. Sarda-Garriga, nommé Commissaire général à la Guyane française et chargé de la direction supérieure des Etablissements pénitentiaires de cette colonie, va partir à bord de la corvette de charge L'Allier, pour se rendre à son poste. L'Allier précédera les autres bâtiments et emmenera un premier convoi de 300 déportés." Les premiers bagnards furent débarqués sur l'Ile du Salut qui devint le noyau originel du Bagne. (*)



La Loire assurant le transport des bagnards jusqu'en Guyane


Le Journal des Débats du 5 Juillet 1852 publia à ce sujet dans ses colonnes des extraits d'un rapport rédigé par Théodore Ducos, Ministre de la Marine et des Colonies, à l'adresse du Prince-Président : " Les baraquements en bois, si rapidement construits à Bordeaux, sont arrivés à l'époque que j'avais fixée, et ont été montés avec un entier succès sur les îles du Salut. Les renforts d'infanterie de marine et de gendarmerie que j'avais dirigés sur la Guyane ont accompli leur traversée sans le moindre accident ; les bâtiments légers à vapeur que je destinais au service local, les vivres, les médicamens, les instruments de travail sont déjà depuis longtemps à la disposition de l'autorité supérieure de la colonie. Dans ces conditions, avec ces garanties et après avoir pris toutes les précautions, j'ai ordonné le départ de L'Allier. Cette corvette de charge, montée par un vigoureux équipage, protégée par un nombre suffisant de gendarmes et de fantassins de marine, a quitté Brest le 31 mars. M. Sarda-Garriga, commissaire extraordinaire de la Guyane, accompagné d'un respectable aumonier, a pris passage sur L'Allier. Ce premier convoi composé de 311 forçats choisis dans les bagnes de Rochefort et de Brest parmi les hommes des professions les plus utiles, est arrivé le 12 Mai en vue des îles du Salut. "




M. Sarda-Garriga venant dispenser progrès et justice sous les tropiques.
(Sur ce tableau conservé au Musée d'Orsay, M. Sarda-Garriga annonce en 1848 aux esclaves de l'Ile Bourbon la suppression de l'esclavage)



Le départ des forçats pour Cayenne à bord de la frégate La Loire (début du XXe siècle)



Le pouvoir césarien né du Coup d'Etat du 2 décembre dut cependant très vite faire preuve de pragmatisme et de clémence pour consolider ses assises en province. Ainsi, la sévérité de la commission mixte de l'Allier, qui avait prononcé au printemps 1852 117 inculpations, fut largement atténuée dans les mois qui suivirent : " M. le Général de Canrobert, de retour à Moulins, n'y a fait qu'un très court séjour : il est reparti pour Bourges. Plusieurs prisonniers ont encore à bénir la clémence du Prince-Président. Environ quatre vingts alternoiements ou commutations de peine ont été accordés par M. le Général de Canrobert aux prisonniers politiques de l'Allier, dont le sort avait été fixé par les commissions. " (Le Messager de l'Allier du 20 avril 1852). Néanmoins, les préparatifs du grand voyage d'Etat du Prince-Président dans les provinces du Centre et du Midi prèvu en septembre 1852 étaient entâchés par le souvenir des malheureux événements qui s'étaient déroulés à La Palisse le matin du 4 décembre 1851 et qui attisaient encore de fréquentes convulsions locales. Ainsi, plusieurs journaux conservateurs (Le Journal des Débats, la Patrie, le Moniteur Universel, Le Constitutionnel...) se firent l'écho d'un "attentat" perpétré à l'encontre du Général de Saint-Arnaud, Ministre du Prince-Président et de M. de Rochefort, sous-préfet de La Palisse, début juillet dans l'arrondissement de La Palisse. Le Journal des Débats, reprenant des détails parus dans Le Pays, donna dans ses colonnes des précisions sur l'incident :



Le Maréchal de Saint-Arnaud (lithographie de Larivière)



"le général était allé le 4 juillet, vers cinq heures du soir, se promener à cheval avec Mme de Saint-Arnaud, M. de Rochefort, sous-préfet de La Palisse et Mme de Rochefort, du côté de Saint-Germain. C'est là que doit aboutir le chemin de fer qui, l'année prochaine, se prolongera de Paris à Nevers et de Nevers à Clermont et Lyon, en bifurquant. Le général avait voulu visiter le futur emplacement du prochain embarcadère de Vichy, éloigné d'une lieue et demie ou deux lieues de cette station. C'était fête à Saint-Germain, petite commune de six ou sept cents âmes, animée ce jour-là par une foule de cinq à six mille habitants des environs, attirés par le dimanche et par la fête du pays. Les ouvriers occupés aux travaux du Chemin de fer faisaient nombre. La cavalcade suivait la route, lorsque dix ou douze individus, rangés en file transversale, marchaient en sens inverse et barraient conséquemment le chemin. Le ministre de la Guerre et le sous-préfet qui ne furent pas sans doute reconnus, voulurent naturellement passer : soit que les têtes fussent un peu échauffées par le vin, soit malentendu, il y eut hésitation, résistance, les dames passèrent, mais le général eut quelques peines à en faire autant, il se fâcha, ces individus s'exaspérant les uns les autres, se mirent à crier : "Aux pierres ! aux pierres !" et en effet, ils en ramassèrent sur la chaussée et se mirent à en jeter sur le général. L'une d'elles le frappa à la tête, renversa son chapeau, qu'un domestique alla promptement relever. Le général, ne voulant pas effrayer sa femme, la rejoignit immédiatement, sans lui rien dire de la blessure qui venait de l'atteindre et ils s'éloignèrent assez rapidement. Mais, quoique le jour començait à baisser, il ne put pas cacher plus longtemps le sang qui coulait de la partie supérieure de sa tête. On trouva à grand peine de l'eau pour l'étancher et, vers neuf heures et demie du soir, le Ministre et les personnes qui l'accompagnaient étaient à Vichy.



Un général et son aide-de-camp (lithographie du XIXe siècle)

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La plaie fut immédiatement pansée, elle avait abondamment saignée. Aujourd'hui, le ministre est sorti dès le matin, il a été accueilli avec empressement par les baigneurs qui avaient appris cet accident avec un chagrin d'autant plus général que les commentaires attribuaient déjà à cette affaire plus de gravité qu'heureusement elle n'en a. Vichy fait partie de l'arrondissement de La Palisse, auquel appartient aussi cette commune de Saint-Germain. Chacun se rappelait alors les déplorables violences dont La Palisse a été récemment le théâtre et en tirait les plus douloureuses conséquences sur l'esprit de ces populations, si tristement ameutées contre les bourgeois. Si ces premières impressions étaient exagérées, elles n'étaient peut-être pas malheureusement dénuées de toute justesse. Et quoique les auteurs de ces plaisanteries brutales, plus ou moins avinées, ne connussent certainement pas la qualité du personnage auquel ils s'attaquaient, il n'en est pas moins vrai que cet accaparement de la voie publique au nom de nous ne savons pas quelle joie grossière, accompagnée de violences et d'injures, est un fait inqualifiable, indigne d'une nation civilisée. Les coupables seront sans doute reconnus et punis."

Le général de Saint-Arnaud régait à ce malheureux incident dans une lettre du 5 juillet 1852 adressée à son frère : "Ce n'est pas au ministre que les pierres ont été lancées, c'est tout simplement aux ARISTOS. C'est la guerre de la VESTE contre l'HABIT." (Saint-Arnaud, correspondance (1832-1854), tome II, Edition Lévy, Paris, 1855).

Le Messager de l'Allier (journal du Parti de l'Ordre en Bourbonnais) du 9 juillet 1852 revint sur cette affaire en précisant que "Trois individus, auteurs de l'agression contre le Général de Saint-Arnaud, ont été arrêtés. Ce sont des métayers des environs, dont deux paraissent être habituellement paisibles, ils expriment de très grands regrets de ce qu'ils ont fait, en rejetant sur l'ivresse une faute qu'ils n'auraient jamais commise à jeûn."
La presse nationale ne manqua pas de signaler dans ses colonnes, l'heureux retour aux Tuileries du général de Saint-Arnaud, à présent remis d'une "légère blessure".

Achille Leroy de Saint-Arnaud, bras armé du Coup d'Etat du 2 décembre 1851 ne tarda pas à être récompensé par le Prince-Président : il fut fait Maréchal de France le 2 décembre 1852, jour de la proclamation du Second Empire.
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(*)- " M. Sarda-Garriga succèda le 10 Mars 1852 au Capitaine de Vaisseau de Chabannes-Curton de La Palice ( le portrait du futur Amiral se trouve au château de Lapalisse ) comme gouverneur de la Guyane. Les corvettes de charge appelées aussi Flutes , étaient de très grands trois mâts, pouvant jauger jusqu'à 800 tonneaux, et pouvant possèder une capacité d'artillerie entre 20 et 30 bouches à feu. Si le transport L'ALLIER, fut le Ier navire a être affrêté par l'Etat pour la déportation des Iers forçats; Ironie de l'Histoire, ce sera paradoxalement - quelques années plus tard - un illustre enfant du département de l'Allier : le journaliste Albert LONDRES, qui faira prendre conscience de l'inhumaine condition de détention des pénitentiaires. En 1923, le célèbre journaliste s'embarqua pour Cayenne, décidé de mener à bien une enquête sur le bâgne. La publication du reportage paru dans " Le Petit Parisien " eut un tel retentissement, qu'il entraîna peu à peu la suppression définitive du bagne. A lire absoluement l'exellent ouvrage d'Albert LONDRES : " Au bagne " .

Textes et photos - Pierre Desmarais

jeudi 9 octobre 2008

La maroquinerie Barthelot

La mémoire industrielle de notre ville se confond avec l'histoire de la maroquinerie Barthelot qui fonctionna de 1920 à 1991. Tout débuta lors de la première guerre mondiale lorsque l'Armée demanda à un sellier-bourrelier de la rue Nationale, Gilbert Barthelot (1880-1968) de réaliser des articles en cuir destinés aux Poilus. Les commandes devenant de plus en plus importantes, notre bourrelier décida d'ouvrir un premier atelier, toujours rue Nationale (juste en face de l'ancien hôtel-restaurant du Midi), qui employa vite une quarantaine de personnes, principalement des femmes et des adolescents. L'armistice venue, Gilbert Barthelot réorienta rapidement ses productions vers la bagagerie haute de gamme. En 1920, une première tranche d'ateliers flambant neufs sortit de terre à Montplaisir, complétés durant la décennie par deux autres tranches (l'actuel Musée d'Art Brut). Passionné par le travail bien fait, notre entrepreneur forma lui-même ses premiers employés, assisté par ses deux premiers contre-maîtres, MM. Rondepierre et Régerat.

Gilbert Barthelot, entrepreneur, grand promoteur de l'industrialisation de la maroquinerie française et maire de Lapalisse de 1953 à 1959

En 1927, Gilbert Barthelot transforma son affaire, qui employait alors une soixantaine de personnes, en une Société Anonyme, élargissant au passage son capital en faisant appel à quelques investisseurs locaux. A cette époque, la vitalité de l'entreprise passait déjà par la conquête du marché parisien. Aussi, une fois par semaine, Gilbert Barthelot montait à la Capitale où il avait ouvert un hall d'exposition, rue Vaugirard. En outre, un représentant travaillant exclusivement pour la maroquinerie lapalissoise, rayonnait sur toute l'Ile-de-France.

Pendant de longues années, les Etablissements Barthelot firent la renommée du savoir-faire lapalissois


En 1936, les conditions d'applications des Accords de Matignon provoquèrent la seule et unique grève de l'histoire de notre maroquinerie. L'usine bloquée durant tout le mois de juillet, fut finalement fermée début août. Après de multiples tables rondes, Gilbert Barthelot finit par accepter les conquêtes salariales du printemps. Cette grève blessa l'entrepreneur au plus profond de lui-même. En effet, toute sa vie, Gilbert Barthelot considéra ses employés comme formant une grande famille, unie autour de lui. Il sut ainsi mettre en oeuvre un paternalisme bon teint : arbres de Noël, banquets et remises de médailles du travail, excursions en car dès les années 1950, création de jardins ouvriers tout contre les murs de ses ateliers...

Plan de l'usine Barthelot dans les années 1950
Vue de la "Coupe" dans les années 1930
Vue du grand atelier dans les années 1930
Sortie de l'usine dans les années 1930
Gilbert Barthelot dirigea son usine jusqu'en 1965, date à laquelle il passa le flambeau à son neveu, Jean Rimoux. Au milieu des années 1970, les Etablissements Barthelot (employant alors quatre-vingts personnes) furent rachetés par la tannerie Sueur, basée à Angers. Cette société introduisit dans les ateliers lapalissois une nouvelle matière plus technique que le cuir : la toile synthétique tissée très appréciée par les créateurs de mode de l'époque (Lanvin, Cardin, Esterelle, Dior...) désireux de se repositionner sur le marché de la maroquinerie de luxe.
Fortement concurrencés par les productions italiennes et les ateliers asiatiques, les Etablissements Barthelot déclinèrent à partir du début des années 1980. L'entreprise finit par déposer son bilan en février 1990, mettant en péril la soixantaine d'emplois restants. Quelques semaines plus tard, la société ARCO de Châtellerault racheta les ateliers mais ne conserva qu'une petite trentaine d'ouvriers. L'usine ferma définitivement ses portes le 31 décembre 1991.
A consulter dans les archives de PALICIA :
- février : Gilbert Barthelot ou le goût d'entreprendre
- mars : la grève de 1936 aux Etablissements Barthelot

S. HUG

mercredi 8 octobre 2008

Madame de Sévigné hôte de Madame de Saint-Géran (septembre 1677)

Alors qu'elle se rendait en cure thermale à Vichy, la Marquise de Sévigné (1626-1696), rendit visite le vendredi 3 septembre 1677 à sa "bonne amie" la Saint-Géran (Françoise-Madeleine-Claude de Warignies - 1655-1733), femme de Bernard de La Guiche, seigneur de La Palisse. La célèbre épistolière profita de cette occasion pour passer la nuit au château de la Palice. Fidèle à son habitude, la Marquise adressa le soir même une lettre à sa fille, Madame de Grignan (1646-1705)

Madame de Sévigné

"Vous voyez bien ma très chère que me voilà à Vichy, c'est-à-dire j'y dînerai demain, comme je vous l'avais promis (...) Je suis ici dans le château de cette bonne Saint-Géran, qui m'a reçue comme sa fille. Vous y avez passé, ma fille, tout m'est cher à mille lieues à la ronde. Je suis à plaindre quand je n'ai pas de vos nouvelles, cela me fait une tristesse qui ne m'est pas bonne. Depuis Epoisses, il y a sept jours, cela est long. J'en espère, voilà ce qui me soutient."
Ayant pris le lendemain ses quartiers à Vichy, la Marquise de Sévigné revint dans une nouvelle lettre sur son séjour au château de La Palice :
"Je vous écrivis hier de La Palisse. J'y vis un petit garçon que je trouvai joli. Je suis sûre qu'il ressemble au vôtre, j'en jurerais. Son père qui est un gentilhomme de M. de Saint-Géran lui a appris à faire l'exercice du mousquet et de la pique, c'est la plus jolie chose du monde. Vous aimeriez cet enfant. Cela lui dénoue le corps, il est délibéré, adroit, résolu. Son père passe sa vie à la guerre. Il est convalescent à La Palisse et se divertit à rendre son fils en vrai petit soldat."
Après trois semaines de cure, Madame de Sévigné reprit le chemin de la Capitale le 25 septembre par Moulins, Cosne-sur-Loire et Gien.
S. HUG

mercredi 1 octobre 2008

Arfeuilles, ancienne rivale de Lapalisse

Tout territoire est une construction sociale tissée de sentiments et pouvant se lire telle une Carte du Tendre. Alors que les affinités électives y dessinent des crêtes, les relations de désamours forment autant de creux ridant le paysage social. Le canton de Lapalisse n'échappe pas à cette règle. Par le passé les relations entre le bourg d'Arfeuilles et notre ville furent par exemple loin d'être idylliques.




A la fin du XVIIIe siècle, la paroisse d'Arfeuilles comptait près de 3 000 habitants (alors que Lapalisse n'en n'alignait que 1 900). En plus des douze foires annuelles et du marché hebdomadaire du mercredi, le bourg montagnard possédait deux tanneries, douze moulins à écorce ou à chanvre, six moulins à blé, ainsi qu'une vingtaine d'ateliers de sabotiers. Une petite bourgeoisie locale (deux bonnes douzaines de familles d'artisans certes, mais aussi deux notaires, un huissier, un juge, un chirurgien et deux apothicaires) dominait la vie paroisiale. La Révolution prit acte du rayonnement d'Arfeuilles en l'érigeant chef-lieu d'un canton (1791) qui réunissait les communes d'Isserpent, de Châtel-Montagne et de Châtelus. En 1800, le canton arfeuillat fut supprimé, écartelé entre celui de Lapalisse et celui du Mayet-de-Montagne. La vitalité des foires lapalissoises et le succès des ateliers de tissage de notre ville (concurrençant ceux des bords du Barbenan) renforcèrent le climat de rivalité qui s'était installé depuis 1800.
Cependant, bien vite, le bourg d'Arfeuilles s'assoupit, faute d'avoir pu s'inscrire dans la révolution des transports du XIXe siècle. A la fois trop éloigné du tracé rénové de la route royale de Paris à Menton (future Nationale 7) et de la ligne ferroviaire PLM de Roanne à Saint-Germain-des-Fossés, Arfeuilles resta en marge des accélèrations du siècle. Pour répondre au déclin de leur commune, la bourgeoisie d'Arfeuilles soutint la création d'un petit séminaire (qui fonctionna de 1828 à 1847, transformé par la suite en un pensionnat tenu par des Maristes jusqu'en 1878, puis en une Ecole libre qui ferma définitivement ses portes en 1905) et celle d'un hospice fondé en 1863 et dirigé par les soeurs du Bon-Pasteur. Mais rien ne put endiguer la décrue démographique qui prit un tour catastrophique (2 000 habitants en 1900, 720 au dernier recensement).
Si la rivalité entre Arfeuilles et Lapalisse semble éteinte depuis bien longtemps, il n'empêche que le bourg montagnard fut la seule commune de notre canton, avec celle de Châtelus, à choisir de ne pas appartenir au Pays de Lapalisse mais à la Communauté de Communes de la Montagne bourbonnaise... l'Histoire est parfois tenace.



S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com