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La victoire politique de Louis XI sur Charles le Téméraire constitua une grande avancée pour la monarchie des Valois qui n'eut plus alors sur sa route que... les Ducs de Bourbon.
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La rue du Marché au début du XXe siècle
L'histoire économique de Lapalisse, longtemps dominée par les échanges agricoles, puise ses origines dans une marqueterie de terroirs polyculturaux qui, à de nombreuses reprises, s'est retrouvée au centre d'enjeux géopolitiques importants.
Dès le XVe siècle, alors que La Palisse n'était encore qu'un modeste bourg castral, le duc Charles Ier de Bourbon qui vendit la terre et seigneurie de La Palice à Jacques Ier de Chabannes le 18 mars 1430, octroya trois foires à cette ville par Lettres patentes datées du 15 septembre 1446 (Archives départementales de l'Allier - E 212). L'objectif économique était simple : augmenter les revenus de la seigneurie de La Palice, l'une des plus puissantes du duché, en captant une partie de l'activité commerciale transitant par la route de Paris à Lyon dont l'itinéraire principal passait désormais par le coeur du Bourbonnais et non plus par les marges bourguignonnes. A cette époque, la proximité du puissant duché de Bourgogne plaçait en effet la ville de La Palisse en position frontalière. Le roi Louis XI porta d'ailleurs tout au long de son règne une attention toute particulière à notre duché, voisin direct de la principauté de son éternel rival, le Duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Relayée par l'énergie de la duchesse de Bourbonnais, Anne de Beaujeu, propre fille de Louis XI, la géopolitique royale trouva une puissante traduction à l'échelle de La Palisse : par Lettres royales datées du 6 août 1481, Louis XI octroya huit nouvelles foires à notre ville (Archives départementales de l'Allier - E 212). En agissant de la sorte, le roi voulait à tout prix resserrer son réseau de fidélités féodo-vassaliques face à une principauté bourguignonne toujours prête à étendre son influence.
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La victoire politique de Louis XI sur Charles le Téméraire constitua une grande avancée pour la monarchie des Valois qui n'eut plus alors sur sa route que... les Ducs de Bourbon.-
En 1512, Louis XII compléta l'organisation calendaire du commerce de La Palisse en établissant un marché le vendredi (Archives départementales de l'Allier - E 212).
La rue du Marché au début du XXe siècle-
Cette faveur royale provoqua la colère de Jean de Lévis, seigneur de Châteaumorand (Châtelus) qui invoqua la "concurrence déloyale faite aux marchés de sa ville (Saint-Martin-d'Estreaux)" dans une lettre du 16 janvier 1516. (Archives départementales de l'Allier - E 212) Pendant longtemps d'ailleurs, les relations avec le Forez furent plutôt orageuses. Le 19 octobre 1696, l'intendant de Moulins, Jacques Le Vayer notait dans un courrier envoyé au Contrôleur général des Finances : "On me mande en mesme temps, de ce costé-là que sur ce que M. de Canaple, Lieutenant-général du Lyonnois, a défendu à ce qu'on prétend de transporter des vins de Saint-Haon et de les vendre hors de sa province, les habitans de La Palisse et autres estant dans mon département et sur les confins du Forez qui ont besoin de blé, en vinssent aussy à acheter à leurs marchés par une espèce de droit de représailles et que mesme le Procureur de La Palisse avait donné une ordonnance pour empescher le transport desdit grains... J'ose dire qu'il n'est pas juste que les habitans du Forez, ayant besoin de nos grains, nous refusent leurs vins, et vous aurez la bonté de donner les ordres que vous jugerez nécessaires à ce sujet." (A. de Boisville, Correspondance des Contrôleurs généraux des Finances avec les intendants des provinces, tome I, 1663-1699, imprimerie nationale, 1874).
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La puissante économie céréalière qui se mit définitivement en place à La Palisse à fin du Moyen Age généra une florissante activité minotière sur les bords de la Besbre.
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L'interface frontalière Bourbonnais/Forez jouait également le rôle de barrière douanière et il n'était pas rare que quelques passeurs soient fréquemment arrêtés. Ainsi, en 1747-1749, plusieurs marchands de grains munis de certificats suspects furent appréhendés à La Palisse, l'Intendant de Riom ordonna de transporter les grains saisis sur les marchés de Clermont et de Riom. (Archives départementales du Puy-de-Dôme).
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Scène de marché à La Palisse au début du XXe siècle
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Après un XVIIe siècle marqué par une alternance de phases de croissance et de brutales récessions, La Palisse s'éveilla au "flamboyant XVIIIe siècle" par la création, en 1724, de quatre nouvelles foires à l'occasion de l'érection de la seigneurie de La Palice en marquisat. A la fin de l'Ancien Régime, la place commerciale de La Palisse était devenue, avec Moulins, la plus importante du Bourbonnais, d'ailleurs tous les Guides du Voyageurs ou autres Dictionnaires portatifs de Géographie du siècle des Lumières insistent sur le rôle prépondérant de notre ville : "qui compte environ 600 habitants est considérable par ses foires, dont elle a douze dans l'année, par ses marchés qui se tiennent toutes les semaines et par le passage de ceux qui vont de Paris à Lyon."
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Foire aux boeufs gras à La Palisse au début du XXe siècle
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Durant la période révolutionnaire, mercuriales et mouvements d'humeurs observés sur les foires et les marchés de La Palisse servaient de véritables baromètres économique et d'opinion à une administration centrale du département de l'Allier constamment vigilante face au développement de possibles "émotions populaires". Pendant ce temps, la littérature géographique continuait à insister sur la puissance de la place lapalissoise : "La Palisse, ville peuplée de huit à neuf cents habitants, ne mériterait à peine le nom de bourg si elle n'était le siège d'une sous-préfecture. Elle a des auberges nombreuses et des foires renommées pour le commerce des grains." (Vaysse de Villiers, Description routière et géographique de l'Empire français, Paris, 1813) Pour Coiffier-Demoret : "La Palisse est maintenant le chef-lieu d'un arrondissement et le séjour d'un sous-préfet. Le sol de l'arrondissement est très montueux, mais toutes les parties basses, surtout celles qui avoisinent la Besbre, sont très fertiles et quelques cantons pourraient rivaliser la Limagne, si les productions si sont pas plus abondantes, elles y sont d'une qualité supérieure. On y vend beaucoup de grains et une partie du Forez vient s'y approvisionner, le chanvre y fournit une branche du commerce. La ville de La Palisse, y compris la partie rurale de la commune, ne compte pas plus de 1 800 habitants." (Coiffier-Demoret, Histoire du Bourbonnais et des Bourbons qui l'ont possédé, tome second, Paris, Edition Michaud, 1816, pp. 213-214).
Durant la période révolutionnaire, mercuriales et mouvements d'humeurs observés sur les foires et les marchés de La Palisse servaient de véritables baromètres économique et d'opinion à une administration centrale du département de l'Allier constamment vigilante face au développement de possibles "émotions populaires". Pendant ce temps, la littérature géographique continuait à insister sur la puissance de la place lapalissoise : "La Palisse, ville peuplée de huit à neuf cents habitants, ne mériterait à peine le nom de bourg si elle n'était le siège d'une sous-préfecture. Elle a des auberges nombreuses et des foires renommées pour le commerce des grains." (Vaysse de Villiers, Description routière et géographique de l'Empire français, Paris, 1813) Pour Coiffier-Demoret : "La Palisse est maintenant le chef-lieu d'un arrondissement et le séjour d'un sous-préfet. Le sol de l'arrondissement est très montueux, mais toutes les parties basses, surtout celles qui avoisinent la Besbre, sont très fertiles et quelques cantons pourraient rivaliser la Limagne, si les productions si sont pas plus abondantes, elles y sont d'une qualité supérieure. On y vend beaucoup de grains et une partie du Forez vient s'y approvisionner, le chanvre y fournit une branche du commerce. La ville de La Palisse, y compris la partie rurale de la commune, ne compte pas plus de 1 800 habitants." (Coiffier-Demoret, Histoire du Bourbonnais et des Bourbons qui l'ont possédé, tome second, Paris, Edition Michaud, 1816, pp. 213-214).
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Autre scène de marché à La Palisse durant la Belle Epoque.-
Anémiée par plus de vingt ans de guerre contre toute l'Europe coalisée, l'économie française redressa enfin la tête à partir des années 1818-1820. En 1821, l'administration royale, désirant relancer les échanges commerciaux et veiller à la modernisation des campagnes, octroya une douzième (le 3 avril) et dernière foire à La Palisse ( Archives Nationales. Bulletin des Lois de 1821. N° 10.516 ). Cet ultime privilège royal dut sans doute beaucoup à l'influence grandissante auprès de Louis XVIII d'un certain Colonel Alfred de Chabannes-La-Palice, qui pendant les Cent-Jours suivit le souverain déchu à Gand, et l'assista jusquà son retour en France.
Anémiée par plus de vingt ans de guerre contre toute l'Europe coalisée, l'économie française redressa enfin la tête à partir des années 1818-1820. En 1821, l'administration royale, désirant relancer les échanges commerciaux et veiller à la modernisation des campagnes, octroya une douzième (le 3 avril) et dernière foire à La Palisse ( Archives Nationales. Bulletin des Lois de 1821. N° 10.516 ). Cet ultime privilège royal dut sans doute beaucoup à l'influence grandissante auprès de Louis XVIII d'un certain Colonel Alfred de Chabannes-La-Palice, qui pendant les Cent-Jours suivit le souverain déchu à Gand, et l'assista jusquà son retour en France.
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Lorsqu'en 1849 l'administration postale choisit d'émettre des vignettes assurant l'acquittement des frais d'expédition, la déesse romaine des moissons CERES fut alors choisie comme allégorie de la toute jeune République nourricière... tout un symbole.
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Les jours de foires et de marchés, le visage de La Palisse changeait radicalement : la population doublait pendant quelques heures, les rues et les places étaient encombrées de campagnards se faufilant entre les charrettes et les étales des camelots, le pont devenait un véritable goulot d'étranglement où la presse atteignait son paroxysme. L'importance de l'économie céréalière modelait profondément les mentalités lapalissoises. Il existait encore au coeur du XIXe siècle un magnifique rituel, riche de sens, qui animait toute notre ville. Il s'agissait d'une fête des moissons,entièrement oubliée de nos jours et dont aucune étude bourbonnaise ne se fit jamais l'écho. L'anthropologue écossais Sir James George Frazer, mettant ses pas dans ceux de l'éthnologue allemand Wilhem Mannardt, fut le premier à évoquer cette tradition : "De même encore à La Palisse, on suspend un homme fait de pâte de farine au sapin que l'on amène avec la dernière charrette de la moisson. On porte l'arbre et l'homme de pâte à la maison du Maire où ils restent jusqu'à la fin des vendanges. On célèbre alors la fin de la moisson par un banquet, au cours duquel le Maire brise l'homme de pâte et en donne les morceaux à manger aux habitants." (Sir James George Frazer, Le Rameau d'Or, chapitre X : manger le Dieu).
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Une fête des Moissons en France au XIXe siècle (chromo - collection Pierre Desmarais)
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Cette étonnante tradition populaire célébrant les forces nourricières de la Terre fut également évoquer par Elie Reclus : "A La Palisse, département de l'Allier, on plantait dans une barrique pleine de blé, un arbre vert auquel on attachait en guise de fruit un bonhomme en pain d'épice et, aux vendanges, le maire le distribuait pièce par pièce à tous les villageois." (Elie Reclus, Le Pain, Paris, 1909).
Cette étonnante tradition populaire célébrant les forces nourricières de la Terre fut également évoquer par Elie Reclus : "A La Palisse, département de l'Allier, on plantait dans une barrique pleine de blé, un arbre vert auquel on attachait en guise de fruit un bonhomme en pain d'épice et, aux vendanges, le maire le distribuait pièce par pièce à tous les villageois." (Elie Reclus, Le Pain, Paris, 1909).
Tout au long du XIXe siècle, seule Moulins arrivait à supplanter la place commerciale de La Palisse avec une à deux foires de plus et un emboîtement de marchés à satisfaire plus vastes que ceux qui s'articulaient sur les bords de la Besbre. Si l'arrivée du chemin de fer à La Palisse en 1856 eut comme conséquence directe de développer de façon considérable le commerce du bétail, appelé à détrôner le "blé-roi", la hiérarchie bourbonnaise n'en fut aucunement bouleversée.
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Les foires de La Palisse à leur apogée, peu avant la Guerre de 14 : toute une société de maquignons animait alors le champ de foire et les bistrots du haut de la ville. -
L'immense foirail et la halle de la Grenette demeurent aujourd'hui les deux derniers vestiges d'un riche passé économique. Alors que l'ultime foire de Lapalisse se tint à l'automne 2001, réunissant à grand peine 70 bêtes, en 2003, le Moulin de la ville (le Moulin Cafière) cessa ses activités. Deux ans plus tard, en 2005, la halle métallique (un symbole lapalissois !) qui se dressait depuis plus d'un siècle sur la Place du Général Leclerc fut démantelée, emportée sans beaucoup de concertation par le vent rénovateur qui soufflait alors sur la ville. A l'heure où notre ville redécouvre son pays et se penche sur son identité, IL EST TEMPS DE SE SOUVENIR QUE LES GRAINS ET LE BETAIL FURENT PENDANT DE LONGS SIECLES LES DEUX PLUS BEAUX FLEURONS DE L'ECONOMIE LAPALISSOISE.
Textes et documents : Pierre DESMARAIS
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Pour approfondir le rituel lapalissois de "L'homme de pâte" :
Wilhem Mannhardt, Wald und Feldkulte, tome II, Edition Borntraeger, Berlin 1875-1877, p. 205.
JAMES GEORGE FRAZER : - Le Rameau d'Or ( The Golden Bough ) - Chapître X . " Manger le Dieu " . Tome IIe - Réédition Robert Laffont. Paris.
JAMES GEORGE FRAZER : - Le Rameau d'Or ( The Golden Bough ) - Chapître X . " Manger le Dieu " . Tome IIe - Réédition Robert Laffont. Paris.
Concernant James George Frazer, à consulter : http://fr.wikipedia.org/wiki/James_George_Frazer
Arnold Van Gennep, Le folklore français, tome II, Paris, 1874
Alexandre Moret, Mystères égyptiens, Editions Armand Colin, Paris, 1913, p. 237
Revue de Paris, volume 105, 1911, p. 193
Revue de l'Histoire des religions, volume 38, Edition PUF, 1898, p. 20.
Comte Eugène Goblet d'Alviella, Croyances, rites, institutions..., tome II, Edition P. Geuthner, Paris, 1911, pp. 294-295, chapitre XX : les rites de la moisson.