samedi 23 mai 2009

Piété et dévotion au Pays de Lapalisse

-
Évoquer devant des étudiants en sciences humaines l'éventail des mentalités les plus répandues dans l'ancienne France revient de plus en plus à se livrer à une sorte d'exhumation archéologique de sentiments enfouis au plus profond de l'âme française. Il est en effet de plus en plus difficile de trouver les mots justes pour parler par exemple de la mort qui autrefois était omniprésente, de la peur de la faim qui projetait son ombre au-dessus d'économies avant tout céréalières et qui conduisait les hommes, dès qu'ils le pouvaient, à faire bombance au-delà de la raison. Comment de même parler des affres de la guerre causés autant par les soldats réguliers que par ceux en rupture de ban, de la peur panique qui envahissait les villages et les villes à l'approche de colonnes infernales ? La gageure est d'autant plus forte que le monde universitaire français appartient désormais en totalité à des générations qui, fort heureusement, n'ont pas connu la guerre et qui ont eu la chance de grandir dans une société en pleine croissance. Notre savoir se réduit donc à une simple part livresque, le ressenti est forcément aseptisé et nos souvenirs sont ceux que nous avons emprunté à d'autres...

Et pourtant, une clef permettant d'accéder aux mentalités du passé existe : il s'agit de la religiosité de nos aïeuls. A chaque viatique chrétien était associé une peur ancestrale. Retour en images sur la piété et les dévotions du Pays lapalissois.
-

Parmi toutes les dévotions répandues dans notre région, le culte marial fut (et demeure) le plus puissant.

A Arfeuilles, sur la colline de Pétrassin qui domine le bourg, exista pendant de longs siècles une chapelle dédiée à Saint-Pierre. Partiellement en ruine, cette chapelle fut vendue comme Bien national lors de la Révolution et fut rasée. En 1875, à l'issue d'une mission prêchée par les Pères Rédemptionnistes, une statue de la Vierge fut installée au sommet de la colline et un pèlerinage y fut institué le jour de la fête de l'Assomption. Réaménagé à plusieurs reprises, les habitants d'Arfeuilles finirent par édifier sur le site une petite grotte artificielle et par placer au pied de la Vierge une statue de Sainte-Bernadette Soubirous. Quelques plaques votives témoignent encore d'une grande dévotion à la Madone de Pétrassin au cours des deux guerres mondiales.

-

Pour tous les Lapalissois de souche, le culte marial est immédiatement associé à Notre-Dame de Beaulieu. Au XIIe siècle, deux cavaliers découvrirent dans un chêne une statue de la Vierge tenant l'Enfant Jésus toute auréolée de lumière. Le seigneur de Montjournal décida d'édifier une chapelle sur le site même de la découverte. Depuis, tous les 15 août, un pèlerinage se déroule à Beaulieu.

L'intérieur de la chapelle est encore tapissé en partie de plaques dédiées à Notre-Dame de Beaulieu en remerciement de guérissons miraculeuses.
-

La traditionnelle bénédiction des automobiles, le jour de la Saint Christophe à Barrais-Bussoles, montre bien que confrontée à la modernité, l'Eglise sut faire évoluer ses pratiques pour continuer à coller aux évolutions sociales. Ce fut l'abbé Debeaud qui, en 1926, transforma un simple pélerinage rural en une procession dédiée aux véhicules motorisés.

Autrefois, la procession n'était pas un simple défilé, il s'agissait d'assurer la protection divine du terroir contre les épidémies, les orages, la grêle ou les gelées tardives, en délimitant tout autour du finage ou du village un cercle symbolique fait de prières.

S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

lundi 18 mai 2009

Un historien des pratiques magiques revient sur le rituel de L'Homme de Pâte.

-

L’homme de pâte


ou


un rituel de magie rurale à La Palisse




Michael Martin, docteur en Histoire ancienne, spécialiste de la magie et des magiciens du monde gréco-romain, nous a fait l'amitié d'analyser le magnifique rituel de L'Homme de Pâte que Pierre Desmarais a fait renaître sous sa plume (voir l'article Foires et marché de La Palisse, une forte identité économique remontant au XVe siècle, publié sur Palicia le 29 avril).


-

En 1909, Elie Reclus dans son ouvrage Le Pain mentionne une curieuse pratique qui avait cours à La Palisse : « A La Palisse, département de l'Allier, on plantait dans une barrique pleine de blé, un arbre vert auquel on attachait en guise de fruit un bonhomme en pain d'épice et, aux vendanges, le maire le distribuait pièce par pièce à tous les villageois. » (Elie Reclus, Le Pain, Paris, 1909).Ce témoignage trouve un écho dans la somme réunie peu après par J.G. Frazer dans le célèbre Rameau d’or : "De même encore à La Palisse, on suspend un homme fait de pâte de farine au sapin que l'on amène avec la dernière charrette de la moisson. On porte l'arbre et l'homme de pâte à la maison du Maire où ils restent jusqu'à la fin des vendanges. On célèbre alors la fin de la moisson par un banquet, au cours duquel le Maire brise l'homme de pâte et en donne les morceaux à manger aux habitants." (Sir James George Frazer, Le Rameau d'Or, chapitre X : manger le Dieu).


Ces deux sources mises bout à bout permettent de retracer le parcours rituel de manière relativement précise : celui-ci est caractérisé par la fabrication d’un pain à forme humaine (pain d’épice pour Elie Reclus, pain à base de farine pour Frazer) que l’on suspendait à un arbre. Chez les deux auteurs, la mention à la moisson est flagrante et la barrique dans laquelle l’arbre est planté est remplie du dernier blé moissonné. L’ensemble est alors porté chez celui qui possède l’autorité, à savoir le Maire du village. C’est à celui-ci que revient l’honneur, à la fin des vendanges, de partager l’homme de pâte à l’ensemble de la communauté.


Deux traditions semblent présentes dans ce rituel de magie rurale. Ainsi nous sommes là en présence de pratiques qui pourraient relever de croyances populaires, où l’homme de pâte ne symbolise rien de moins qu’une sorte de génie de l’abondance issu des moissons et veillant sur les vendanges. Mais le rituel est aussi influencé par l’eucharistie chrétienne dans ce sens où il est à la fois sacrement et sacrifice ! Cela est particulièrement net au cours de la fraction du pain qui doit être partagé entre tous les habitants. Par ce moyen, relevant tout autant de la magie sympathique, la nature divine du génie de l’abondance se répandait à l’ensemble du village tout en offrant à ce même génie un sacrifice pour le remercier de sa bienveillance.


Nous sommes donc bien là dans un cas typique de pratique relevant à la fois du fait religieux et du fait magique, hérité d’une tradition populaire à laquelle a sans doute été plaqué un rituel chrétien. Il n’est guère possible d’aller plus loin, mais la trace de telles cérémonies au sein même du Bourbonnais nous montre combien les mentalités, au fil des siècles, ont su agencer les rituels pour en tirer le meilleur profit !

Michael MARTIN


Michael Martin est notamment l'auteur d'un ouvrage intitulé Magie et Magiciens dans le monde gréco-romain aux Editions Errance, Paris, 2006. Il est aussi le créateur de la Revue électronique EPHESIA GRAMMATA adresse : http://www.etudesmagiques.info/ consacrée à l'histoire des magies anciennes.

jeudi 7 mai 2009

Jean Bélisaire Moreau (1828-1899), architecte de l'église de Lapalisse

-

Edifiée entre 1895 et 1897, l'église Saint-Jean-Baptiste de Lapalisse doit son architecture néo-romane à Jean-Bélisaire Moreau

-

Jean-Bélisaire Moreau débuta sa carrière d'architecte en 1852 par la restauration du château de Saint-Aignan dans le Loir-et-Cher. En 1854, il fut nommé inspecteur des travaux d'agrandissement de la cathédrale de Moulins. Travaillant de concert avec Viollet-le-Duc, J-B Moreau acquit une belle renommée dans tout le centre de la France. Il restaura plusieurs châteaux du département de l'Allier dont ceux d'Avrilly, de Busset et de Lapalisse où, entre 1875 et 1895, il travailla sur l'architecture de la Tour Marquise, dota la chapelle d'une flèche et édifia une porterie néo-gothique à l'entrée du parc. J-B Moreau dessina également les plans des châteaux bourbonnais de Contresol, des Gouttes, de Chazeuil, de Dreuille, d'Agouges, des Plantais, de Paray-le-Frésil... En 1879, il fut enfin nommé inspecteur des travaux diocésains de Moulins et présida ainsi jusqu'à la fin de sa vie à la construction de trente-huit églises dont celles de Lapalisse, du Mayet-de-Montagne, de Montvicq, de Laprugne...

-


Buste de Jean-Bélisaire Moreau
(cimetière de Paris à Moulins - cliché Philippe Landru)




Tombe de Jean-Bélisaire Moreau au cimetière de Paris à Moulins


(cliché Philippe Landru)


A consulter : le site de Philippe Landru sur les cimetières de France et d'ailleurs


http://www.landrucimetieres.fr/

-


S. HUG


HUGSTEPHANE@aol.com

mardi 5 mai 2009

Histoire du petit théâtre de Lapalisse

-

Pendant douze années, entre 1878 et 1890, Louis Morel, premier magistrat de la ville, essaya de donner à Lapalisse un visage urbain. On lui doit la construction d'une usine à gaz, d'une halle métallique, d'écoles dignes de ce nom, du quai de la Besbre, mais aussi l'aménagement des premiers trottoirs, les premiers essais de macadamisassions et la création d'un salon de réception situé à l'étage de la mairie, inauguré le 1er avril 1888 et qui fut indifféremment appelé salle des fêtes, salle de bal et même... théâtre.
-



La salle des fêtes de la Mairie de La Palisse, tranformée à l'occasion en théâtre, ne tarda pas à devenir un lieu central de la socialilité de la bourgeoisie lapalissoise.

-

Une représentation théâtrale donnée dans les salons de la Mairie dans les années 1930.



Accueillant à la fois des bals, des spectacles scolaires, des représentations de marionnettistes ou de prestigitateurs, des arbres de Noël, des récitals, des pièces de théâtre... ce lieu fut utilisé jusqu'au milieu des années 1990.


Un spectacle scolaire à la Salle des Fêtes de la Mairie en 1966-1967

(cliché aimablement communiqué par M. Jacques de Chabannes, Maire de Lapalisse, qui figure d'ailleurs sur cette photo : l'enfant debout au second rang au haut de forme)

-



La Salle des Fêtes accueille depuis une quinzaine d'années les réunions du Conseil municipal et les réunions communautaires (clichés fournis par les services municipaux).


-

S. HUG



HUGSTEPHANE@aol.com