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L’homme de pâte
ou
un rituel de magie rurale à La Palisse
Michael Martin, docteur en Histoire ancienne, spécialiste de la magie et des magiciens du monde gréco-romain, nous a fait l'amitié d'analyser le magnifique rituel de L'Homme de Pâte que Pierre Desmarais a fait renaître sous sa plume (voir l'article Foires et marché de La Palisse, une forte identité économique remontant au XVe siècle, publié sur Palicia le 29 avril).
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En 1909, Elie Reclus dans son ouvrage Le Pain mentionne une curieuse pratique qui avait cours à La Palisse : « A La Palisse, département de l'Allier, on plantait dans une barrique pleine de blé, un arbre vert auquel on attachait en guise de fruit un bonhomme en pain d'épice et, aux vendanges, le maire le distribuait pièce par pièce à tous les villageois. » (Elie Reclus, Le Pain, Paris, 1909).Ce témoignage trouve un écho dans la somme réunie peu après par J.G. Frazer dans le célèbre Rameau d’or : "De même encore à La Palisse, on suspend un homme fait de pâte de farine au sapin que l'on amène avec la dernière charrette de la moisson. On porte l'arbre et l'homme de pâte à la maison du Maire où ils restent jusqu'à la fin des vendanges. On célèbre alors la fin de la moisson par un banquet, au cours duquel le Maire brise l'homme de pâte et en donne les morceaux à manger aux habitants." (Sir James George Frazer, Le Rameau d'Or, chapitre X : manger le Dieu).
Ces deux sources mises bout à bout permettent de retracer le parcours rituel de manière relativement précise : celui-ci est caractérisé par la fabrication d’un pain à forme humaine (pain d’épice pour Elie Reclus, pain à base de farine pour Frazer) que l’on suspendait à un arbre. Chez les deux auteurs, la mention à la moisson est flagrante et la barrique dans laquelle l’arbre est planté est remplie du dernier blé moissonné. L’ensemble est alors porté chez celui qui possède l’autorité, à savoir le Maire du village. C’est à celui-ci que revient l’honneur, à la fin des vendanges, de partager l’homme de pâte à l’ensemble de la communauté.
Deux traditions semblent présentes dans ce rituel de magie rurale. Ainsi nous sommes là en présence de pratiques qui pourraient relever de croyances populaires, où l’homme de pâte ne symbolise rien de moins qu’une sorte de génie de l’abondance issu des moissons et veillant sur les vendanges. Mais le rituel est aussi influencé par l’eucharistie chrétienne dans ce sens où il est à la fois sacrement et sacrifice ! Cela est particulièrement net au cours de la fraction du pain qui doit être partagé entre tous les habitants. Par ce moyen, relevant tout autant de la magie sympathique, la nature divine du génie de l’abondance se répandait à l’ensemble du village tout en offrant à ce même génie un sacrifice pour le remercier de sa bienveillance.
Nous sommes donc bien là dans un cas typique de pratique relevant à la fois du fait religieux et du fait magique, hérité d’une tradition populaire à laquelle a sans doute été plaqué un rituel chrétien. Il n’est guère possible d’aller plus loin, mais la trace de telles cérémonies au sein même du Bourbonnais nous montre combien les mentalités, au fil des siècles, ont su agencer les rituels pour en tirer le meilleur profit !
Michael MARTIN

Michael Martin est notamment l'auteur d'un ouvrage intitulé Magie et Magiciens dans le monde gréco-romain aux Editions Errance, Paris, 2006. Il est aussi le créateur de la Revue électronique EPHESIA GRAMMATA adresse : http://www.etudesmagiques.info/ consacrée à l'histoire des magies anciennes.