jeudi 10 février 2011

Rencontre avec celles et ceux qui font le Bourbonnais - Sofy Matho-Alaterre, émailleur à Châtel-Montagne


-

Sofy Matho-Alaterre, émailleur sur lave installée à Châtel-Montagne, vient de publier aux éditions CPE Les recettes bourbonnaises de ma grand-mère. Au-delà d'un simple livre de cuisine régionaliste, cet ouvrage richement illustré est une fenêtre ouverte sur un passé radieux, celui de l'enfance, dans lequel l'auteur nous invite à plonger au travers des mots et des images. Rencontre avec cette jeune femme qui a choisi de s'installer en Montagne bourbonnaise afin de donner un sens à sa vie.


Pouvez-vous nous parler de la genèse et de l'esprit de votre livre ?


Ce livre est un hommage à mes grand-mères qui m’ont appris à cuisiner mais aussi à mes parents chez qui je n’ai jamais vu ou très rarement ouvrir une boîte de conserve, pour la petite histoire, mon papa était chef cuisinier ; j’ai donc été élevée au milieu des gamelles et des bonnes odeurs de la cuisine familiale.
Le livre comporte les recettes typiquement bourbonnaises de base (peu nombreuses) et les recettes retrouvées dans les carnets de cuisine de mes grand-mères.
Je reste une nostalgique de ces moments partagés avec mes grand-mères, au fond du jardin ou auprès des fourneaux, à la cueillette des fruits et légumes succédait la mise en bocaux pour assurer les provisions pour l’hiver, les confitures qui allaient agrémenter nos petit déjeuners ou nos 4 heures tout au long de l’année…


Les illustrations tiennent une grande place dans la mise en page de votre ouvrage. Comment avez-vous constitué ce corpus d'images et de dessins ?


J’ai pu recueillir ces images par le biais de ma famille et d’habitants de Châtel-Montagne qui ont bien voulu me prêter les photos de leurs aïeux. C’était comme replongé dans un passé qui n’est pas si loin mais aussi l’occasion de découvrir mes ancêtres que je n’ai pas connu et d’apprendre tout un tas de choses : les croyances, les anecdotes etc…

Existe-t-il d'après vous des passerelles entre le travail de la lave et des émaux et le monde de la cuisine ?


Je ne sais pas si l’on peut parler de passerelle mais en cuisine tout comme en émaillage, on est dans la recherche permanente de nouvelles recettes, toutes consignées dans des cahiers, toutes préparées au gramme près, il y a ensuite les cuissons de l’émail ; une grande partie de mon travail sur lave est également consacré aux arts de la table, ces créations sont empreintes du passé, les pois qui ornaient les bols de nos grand-mères se retrouvent dans mes réalisations, tout comme la reproduction de motifs qui habillaient les napperons que nous avons tous connu au centre de la table familiale ou sur le vieux buffet de mémé.. . Beaucoup de termes « culinaires » font partie du langage de l’émaillage mais beaucoup d’ustensiles aussi : bocaux, louches, petites cuillères, emporte pièces, balances, fourchettes, cahiers de recettes…………

Racontez-nous votre installation à Châtel-Montagne. Le choix de ce village fut-il une évidence pour vous ?


Je suis arrivée en Montagne Bourbonnaise à mon retour de Paris où je m’étais installée pour le travail, j’y ai découvert les arts du feu et après 5 ans passés dans la Capitale, l’envie de prendre un tournant à 180° m’a fait revenir au pays (je suis originaire de Cusset). Après une année de formation à l’école d’architecture de Volvic (maintenant Institut des métiers de la pierre), la commune de Châtel-Montagne m’a offert la possibilité d’ouvrir mon petit atelier sous la Mairie du village et me voici depuis installée en montagne Bourbonnaise où je me plais et où il fait bon vivre, cette montagne qui regorge de talents disséminés de-ci de-là, car si Châtel-Montagne est considéré comme un village d’artistes, la Montagne bourbonnaise dans sa totalité est une fourmilière d’artistes et d’artisans.



Le village d'artistes de Châtel permet-il une émulation et un partage des techniques entre les différents artisans présents sur le site ?



Pour ma part, j’ai collaboré à différents projets avec quelques uns de mes collègues. Tous autant que nous sommes nous n’hésitons pas à nous transmettre nos savoirs faire, à nous épauler pour que vive le village artistiquement parlant (ex : braderie des artisans tous les 1er mai, fête de la saint valentin tous les 1er dimanche de février, fête de la soupe etc…).
Je ne suis jamais avare : tout ce que je sais faire, j’essaie de le transmettre au mieux, soit par le biais de l’association ré-création qui met en place des ateliers pour enfants sur la commune tout au long de l’année, soit par l’accueil de stagiaires venant d’écoles spécialisées dans les arts du feu comme celle de Longchamp ou de personnes désireuses de découvrir mon métier (ateliers d’initiation), ou encore en intervenant sur la section émaillage de l’école d’architecture de Volvic.


Comment pourriez-vous définir la culture populaire bourbonnaise ? Est-ce une culture facile à promouvoir ?


La culture populaire bourbonnaise est très riche et il faut évidemment en faire la promotion. Il existe encore aujourd’hui des gens désireux de transmettre des savoir-faire qui, pour certains sont méconnus et pour d’autres tendent à disparaître. Cette culture inclut cette notion de partage devenue si rare de nos jours.
Cette culture est difficile a promouvoir dans le sens où l’allier n’a pas vraiment de culture de l’artisanat (ceci n’étant en aucun cas un reproche !) et dans le sens où la mondialisation fait évidemment du tort au « fait main », on entend souvent dire que les prix de nos réalisations sont élevés voir abusifs ; effectivement, acheter un bol chez le potier vous coûtera 5 à 10 fois plus cher que de l’acheter au supermarché du coin !!! Comme s’il était devenu impensable aujourd’hui qu’une seule et même personne puisse concevoir, réaliser, façonner et fabriquer dans sa totalité une pièce qu’elle quelle soit. On a perdu cette fierté du fait main, du made in France si je puis dire.
En réalité, le plus gros de notre travail est de réhabiliter nos savoir-faire et de résister face aux industriels.

Vous appartenez à une nouvelle génération d'acteurs culturels qui est de plus en plus présente et dynamique en Bourbonnais. Pouvez-vous nous brosser le portrait-type de cette génération attirée par la ruralité bourbonnaise ?


Je ne sais pas s’il y a un portrait type de cette génération, je pense qu’il y a simplement un bon nombre de personnes qui cherche à fuir la « mondialisation » et le surfait et qui veulent revenir à de vraies valeurs, même si elles peuvent paraître archaïques aujourd’hui, comme une nécessité de retour à la source… Se n’est plus une envie, c’est devenu un besoin, un art de vivre tout simplement.

Avez-vous de nouveaux projets de publication ou d'actions culturelles ?


Aucun autre projet de publication pour le moment en revanche, je tiens tout particulièrement à signaler une exposition en collaboration avec Florence NANNONI (atelier du verre au fer à châtel-montagne) sur le thème des pin ups et des merveilleux baisers, la possibilité pour l’une comme pour l’autre de laisser nos matériaux de prédilection pour entrer dans l’heure du numérique avec des collages numériques dont le thème central reste la pin up, une envie de légèreté, de rêve, dans un monde parfois oppressant, se fut un vrai plaisir de collaborer avec Florence. Du 6 au 28 février 2011 à la maison du patrimoine de Châtel-Montagne.
Le 6 février, Châtel-Montagne fête valentins et valentines, l’occasion de rencontrer tous les artistes et artisans du village et leurs nouvelles créations.
L’organisation de la braderie des artistes et artisans ayant lieu le week-end du premier mai à Châtel-Montagne.



-

L'Atelier 75 - lieu de création de Sofy : sofy.over-blog.com

Châtel-Montagne, village d'artistes : www.chatel-montagne.fr

Aucun commentaire :