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Évoquer devant des étudiants en sciences humaines l'éventail des mentalités les plus répandues dans l'ancienne France revient de plus en plus à se livrer à une sorte d'exhumation archéologique de sentiments enfouis au plus profond de l'âme française. Il est en effet de plus en plus difficile de trouver les mots justes pour parler par exemple de la mort qui autrefois était omniprésente, de la peur de la faim qui projetait son ombre au-dessus d'économies avant tout céréalières et qui conduisait les hommes, dès qu'ils le pouvaient, à faire bombance au-delà de la raison. Comment de même parler des affres de la guerre causés autant par les soldats réguliers que par ceux en rupture de ban, de la peur panique qui envahissait les villages et les villes à l'approche de colonnes infernales ? La gageure est d'autant plus forte que le monde universitaire français appartient désormais en totalité à des générations qui, fort heureusement, n'ont pas connu la guerre et qui ont eu la chance de grandir dans une société en pleine croissance. Notre savoir se réduit donc à une simple part livresque, le ressenti est forcément aseptisé et nos souvenirs sont ceux que nous avons emprunté à d'autres...
Et pourtant, une clef permettant d'accéder aux mentalités du passé existe : il s'agit de la religiosité de nos aïeuls. A chaque viatique chrétien était associé une peur ancestrale. Retour en images sur la piété et les dévotions du Pays lapalissois.
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Parmi toutes les dévotions répandues dans notre région, le culte marial fut (et demeure) le plus puissant.

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Pour tous les Lapalissois de souche, le culte marial est immédiatement associé à Notre-Dame de Beaulieu. Au XIIe siècle, deux cavaliers découvrirent dans un chêne une statue de la Vierge tenant l'Enfant Jésus toute auréolée de lumière. Le seigneur de Montjournal décida d'édifier une chapelle sur le site même de la découverte. Depuis, tous les 15 août, un pèlerinage se déroule à Beaulieu.
L'intérieur de la chapelle est encore tapissé en partie de plaques dédiées à Notre-Dame de Beaulieu en remerciement de guérissons miraculeuses.
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La traditionnelle bénédiction des automobiles, le jour de la Saint Christophe à Barrais-Bussoles, montre bien que confrontée à la modernité, l'Eglise sut faire évoluer ses pratiques pour continuer à coller aux évolutions sociales. Ce fut l'abbé Debeaud qui, en 1926, transforma un simple pélerinage rural en une procession dédiée aux véhicules motorisés.
Autrefois, la procession n'était pas un simple défilé, il s'agissait d'assurer la protection divine du terroir contre les épidémies, les orages, la grêle ou les gelées tardives, en délimitant tout autour du finage ou du village un cercle symbolique fait de prières.
S. HUGHUGSTEPHANE@aol.com
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