jeudi 12 novembre 2009

Une vieille expression lapalissoise : la vache de Chabert

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On raconte qu'au début du XXe siècle, un Lapalissois nommé Chabert confia à un boucher de la ville l'abattage et le dépeçage d'une vache qu'il avait patiemment engraissée. Au moment de lui apporter la bête, Chabert précisa bien au boucher de lui garder le coeur de l'animal, abat qu'il affectionnait au plus haut point. Quelques jours plus tard, Chabert revint chercher ses pièces de viande et les abats de l'animal. Malheureusement, le boucher avait oublié les recommandations de son client et n'avait pas conservé le coeur de la bête. Pour se dédouaner de cette bévue, le boucher avança, avec un incroyable aplomb, que cette vache n'avait pas de coeur : Chabert mordit à l'hameçon. Cette histoire fit le tour de la ville et des campagnes environnantes et finit par entrer dans le langage lapalissois pour désigner, comme la vache de Chabert, une personne jugée sans coeur.
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S. HUG

mercredi 4 novembre 2009

Légende d'automne : Montmorillon (Arfeuilles)

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Philippe de Guillard, seigneur de Montmorillon, fut l'un de ces hobereaux pendus haut et court par les rédacteurs des premiers manuels scolaire de la Troisième République : il personnifia en effet dans la région d'Arfeuilles tout ce que les hommes de la Révolution haïssaient dans l'Ancien Régime.

Présenté comme perfide, cupide, immoral et cruel, Philippe de Guillard ne fut en réalité que faux-monnayeur. Assiégé dans son château par les troupes royales, poursuivi et finalement appréhendé pour ce crime de lèse-majesté en 1616, notre seigneur réussit à s'enfuir de la prison royale de Bourges et gagna les Pays-Bas Espagnols. Philippe de Guillard fut condamné à mort par contumace et Montmorillon fut démantelé afin de ne plus offrir de refuge au seigneur hors-la-loi et de montrer la détermination de la monarchie face aux velléités des féodaux.

Ruiné, le château de Montmorillon continua néanmoins à être le siège "fantôme" d'une seigneurie qui fut un temps incorporée au marquisat de La Palisse.

Le démantèlement politique de Montmorillon finit par se perdre dans la légende. Au XIXe siècle, on racontait en effet dans la Montagne bourbonnaise que le seigneur des lieux, surnommé l'Avaleur, enleva une jeune bergère, la Joquette, originaire du village Chez Chabroche et disparut de la région avec elle. Quelques mois plus tard, le seigneur et la bergère, devenus amants, revinrent dans la Montagne. La dame de Montmorillon feignit de pardonner l'infidélité de son mari et organisa une fête en l'honneur de son retour et y confia la Joquette. Sur les coups de minuit, alors qu'une tempête se levait, toute la charpente du château s'effondra, entraînant dans sa chute le haut des murailles. La légende raconte que le matin de cet ultime banquet, la dame de Montmorillon paya un charpentier pour ôter la totalité des chevilles de la charpente sauf une qu'elle fit sauter à Minuit...

Les jours de veillées, dans la Montagne d'autrefois, on avait l'habitude de raconter que les soirs de grand vent on pouvait voir circuler un fantôme blanc dans les murailles et monter la voix de la Joquette.

Vision romantique de Montmorillon au XIXe siècle

dimanche 25 octobre 2009

Avril 1889 : coup de filet dans les milieux anarchistes lapalissois

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Les années 1880-1890 furent marquées par une montée en puissance des réseaux anarchistes dont le recours à l'action fit planer une odeur de poudre sur ces deux décennies de plomb. Si l'anarchisme fut surtout un fait urbain, les campagnes françaises connectées aux grandes agglomérations furent également touchées, plus ou moins profondément, par l'activisme libertaire. Tous le rapports de Police de la fin des années 1880 et du début des années 1890 ne recensaient pas plus de quatre ou cinq anarchistes dans les environs de La Palisse. Quatre noms revenaient constamment : Tartarin, Brun et les frères Souchet. Ces quatre anarchistes étaient en liaison avec une organisation libertaire de Roanne "Les Révoltés". Fin 1888, de la dynamite fut dérobée sur un chantier de Roanne. Les investigations policières se dirigèrent un temps en direction de Droiturier où résidait Tartarin et de Saint-Prix où vivaient les frères Souchet. Des perquisitions furent menées les 16 et 17 mars : sans résultats. Cependant, Julien Souchet aîné, Tartarin et Brun avaient été condamnés, peu de temps avant, à de légères peines correctionnelles pour des délits de droit commun : chasse prohibée et bris de clôtures. Comme nos trois anarchistes s'acharnaient à prétendre que la prison bourgeoise n'était pas pour eux, le Procureur de la République somma la Gendarmerie de La Palisse d'appréhender les trois individus. Le jeudi 11 avril, à huit heures du soir, Tartarin et Brun furent arrêtés sans résistance. Il en alla tout autrement avec Julien Souchet qui, à l'époque, était adjoint au maire de Saint-Prix. Au moment où deux gendarmes vinrent lui signifier son arrestation, Souchet travaillait aux champs, un fusil chargé près de lui... Sitôt le mandat lu, Souchet se rua, une bêche à bout de bras, sur l'un des deux gendarmes. Une lutte intense s'engagea alors entre les deux hommes. Sur ces entrefaites, la femme de Souchet se précipita pour aider son mari, mais le second gendarme la tint en respect en pointant sur elle le fusil de l'anarchiste. Ce ne fut que sous la menace d'ouvrir le feu, que Souchet lâcha le malheureux gendarme couvert de boue.


Le lendemain matin, Jules Souchet, frère cadet de Julien, se rendit à la gendarmerie de La Palisse et demanda à voir les prisonniers. Or, on trouva sur lui un revolver chargé et des brochures anarchistes publiées par les Révoltés de Roanne. Entrant dans une terrible colère, Jules Souchet fut immédiatement arrêté par les gendarmes. A deux heures de l'après-midi, les quatre prévenus prirent le chemin du dépôt de Cusset sous bonne escorte. Dans les rues de La Palisse, une foule considérable s'était massée sur le passage du fourgon cellulaire dans lequel les quatre anarchistes entonnèrent la Marseillaise.


Gravure parisienne du début des années 1890


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A lire : Tartarin et Puravet, deux anarchistes du pays lapalissois

(archives de PALICIA - 22 mai 2008 - article de Pierre Desmarais)

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S. HUG


jeudi 22 octobre 2009

L'abbé Gabriel Déret

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Pendant près de trente deux ans, l'abbé Déret incarna l'Église à Lapalisse. De nombreux Lapalissois se souviennent encore de ce prêtre d'exception qui avait gardé de son engagement militaire une certaine allure martiale. Fustigeant souvent lors de ses sermons la perte des valeurs chrétiennes et l'effritement de la cellule familiale, je le vois encore venir chercher par les oreilles, et cela en plein office, les jeunes ouailles trop peu attentives à son goût pour les placer près de l'autel... Homme animé d'une vraie bonté, participant à de nombreuses sociétés lapalissoises, l'abbé Déret fut un trait d'union entre l'Eglise de l'avant-Vatican II et celle de l'ouverture sur le monde moderne.

Gabriel Déret était né à Cosne-d'Allier en 1910. Sa prime jeunesse fut marquée par la Grande Guerre qui lui arrivait d'évoquer en chaire. Entré à l'Institution du Sacré-Coeur en 1923, puis au Grand Séminaire de Champfeu en 1927, il fut ordonné prêtre en 1934. Tout d'abord professeur à l'Institution du Sacré-Coeur, il devint ensuite vicaire à Gannat. En 1939, Gabriel Déret choisit de s'engager dans l'armée et devint officier avant d'être blessé et envoyé en Allemagne en captivité. A la Libération, il devint curé de Jenzat, puis curé-doyen de Jaligny en 1947. En 1954, il devint enfin curé-doyen de Lapalisse.

Gabriel Déret en 1939





L'abbé Déret et les communiants de 1957

(cliché aimablement communiqué par Jean-Pierre Chervin)


Décoré de la Légion d'Honneur et de la Croix de Guerre, l'Abbé Déret fut Président cantonal des Anciens Combattants Prisonniers de Guerre et Président national des Prêtres anciens combattants. Une semaine après avoir célébré sa messe d'adieu et alors qu'il s'apprêtait à quitter sa chère ville de Lapalisse pour prendre une retraite bien méritée, Gabriel Déret fut terrassé par une crise cardiaque le 26 juillet 1986.

Deux souvenirs personnels : sa messe de jubilé, célébrée en 1984 où son charisme illumina toute l'assistance et la visite impromptue, un soir de kermesse, de son petit musée religieux aménagé tout contre la chapelle de l'école Notre-Dame, collection qu'il légua d'ailleurs juste avant sa mort à la Société d'Emulation du Bourbonnais et aujourd'hui visible au Musée Bourbonnais de Moulins.




L'abbé Déret dans les années 60



A voir sur le site de la ville de Lapalisse : les pages consacrées au musée des drapeaux du Monde, collection patiemment réunie par l'abbé Déret





S. HUG


HUGSTEPHANE@aol.com

samedi 17 octobre 2009

Le bonheur de l'historien

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Le 11 octobre dernier, dans la salle Carrefour de Positions de Bransat, Marie-Madeleine Richard reçu des mains de Jean Cluzel, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques, le Prix Allen dans la catégorie du Mémorial communal pour "Chronique d'un village, Andelaroche au XXe siècle". Si le Prix Allen récompense malheureusement trop souvent des ouvrages se prétendant historiques et qui ne sont en fait qu'une simple compilation érudite, cette fois-ci, le Prix distingue un ouvrage collectif d'une rare perfection. Aux côtés de Marie-Madeleine Richard, cheville ouvrière de ce projet, une soixantaine d'Andais collectèrent pendant de longs mois souvenirs, anecdotes et documents iconographiques afin de réaliser la somme mémorielle la plus complète de notre province. Cet ouvrage mériterait d'être connu par l'ensemble des ruralistes français car il s'agit d'un outil de travail de première main permettant de mesurer, à l'échelle de la longue durée, l'importance des grandes ruptures et des petites respirations qui ont jalonné le passage des sociétés traditionnelles aux sociétés modernes.

Chronique d'un village est enfin une vraie leçon de vie pour nous autres historiens qui avons souvent tendance à trop conceptualiser nos lectures du passé en nous réfugiant derrière un jargon épineux. Ces Andais nous ont ramené aux sources de l'histoire : tout simplement le récit du passé, un vrai bonheur.



S. HUG


HUGSTEPHANE@aol.com

jeudi 15 octobre 2009

Sous l'angle de l'anthropologie historique : de la récolte produite à l'invention de la récolte

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Le Pays de Lapalisse vient de fêter pendant une semaine les saveurs de l'automne déclinées autour des noix et des châtaignes. Au-delà de la démarche événementielle orchestrée par la com com, l'objectif (relevant encore du tâtonnement un peu gauche -sans mauvais jeu de mots-) est bel et bien de définir un champ identitaire pour le Pays lapalissois à défaut d'en chercher les véritables caractères. Or, avec cette fête des "noix et châtaignes", nous voici face à un processus d'invention identitaire, thématique sociale actuellement explorée par la plupart des Pays du Bourbonnais (Gannat se définit par exemple depuis deux ou trois étés comme une terre d'Occitanie en pays d'Oïl, le résultat est particulièrement navrant ...). Qu'à cela ne tienne si l'existence de parcelles complantées de noyers et de châtaigniers ne constitue pas une véritable spécificité des paysages ruraux de la région de Lapalisse, la promotion du territoire, qui s'est mise à galoper plus vite que la recherche identitaire, essayera de vous convaincre du bien fondé de cette vision rêvée de nos campagnes. Mais nous l'avons tous compris : ce qui compte de nos jours est de vendre notre ruralité (ce que les plus audacieux appellent l'authenticité) quitte à fabriquer de toutes pièces les images que le public attend.
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Cependant, le plus important n'est peut-être pas là. Si l'on jette un regard embrassant la longue durée, on s'aperçoit que cette semaine des "saveurs de l'automne" n'est que la traduction actuelle d'une constante anthropologique : Fêter le temps des récoltes tout comme les Lapalissois du XIXe siècle le faisaient autour de leur "Homme de Pâte" (voir articles de Palicia des 29 avril et 18 mai 2009).
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S. HUG

jeudi 8 octobre 2009

Le refuge polonais d'Isserpent

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Durant l'été, Madame Noélie Morlat, dont le café-restaurant anima pendant de longues années la place d'Isserpent, me parla d'une demeure cossue du bourg, connue sous le nom de La Réserve ou de La vieille Poste qui aurait été construite par un réfugié polonais au cours du XIXe siècle.

L'archiviste de la Bibliothèque polonaise de Paris aiguilla immédiatement mes recherches sur le Baron Napoléon-Ignace Gostowski dont le destin vaut le détours.





La demeure du Baron Gostowski à Isserpent fut le siège de la Poste du village entre 1898 et 1910 (d'où le nom de Vieille Poste). Le Comte Thiollière, propriétaire du château de Beauplan, avait acquis cette bâtisse à la fin du XIXe siècle et en avait fait le grenier à grains de ses vastes propriétés (d'où le nom de Réserve).
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Napoléon Ignace GOSTKOWSKI (baron von Gostkowski) naquit à Cracovie en Pologne le 2 août 1807. Issu d’une vieille famille noble, il entra à l’Ecole militaire en 1825. En 1830-1831, il prit part à l’insurrection polonaise contre la domination russe. Il reçut la Croix d’or militaire polonaise en mars 1831 après la bataille de Grochow et fut nommé major en août de la même année. A l’automne 1831, l’insurrection polonaise fut écrasée par l’armée russe, Napoléon Ignace Gostkowski prit alors le chemin de l’exil en direction de la France. Il fut affecté, en 1832, au dépôt des réfugiés polonais établi à Bourges.

A une date inconnue, notre homme quitta le métier des armes pour effectuer une reconversion réussie dans l’encadrement de l’administration locale des Ponts et Chaussées en devenant agent voyer (l’équivalent de nos jours d’ingénieur de la DDE).

Ce fut de toute évidence entre 1833 et 1837 que Napoléon Ignace Gostowski fit construire une demeure de type « bourgeois » dans le bourg d’Isserpent. Le maire de l’époque, Jean-Baptiste Michel, riche propriétaire terrien (la troisième fortune du canton), ancien chirurgien de la Grande Armée, bonapartiste notoire et franc-maçon moulinois (à cette époque, les réseaux maçonniques sont constamment venus en aide aux réfugiés politiques européens : Espagnols, Italiens, Grecs et Polonais notamment), semble avoir bien servi les intérêt du jeune baron polonais dans cette affaire. Nous ignorons malheureusement tout des conditions d’acquisition du foncier et de la cession ultérieure de ce bien.


En 1837, Gostkowski épousa, dans le Cher, Laurence Archambault des Chaumes (1817-1890) qui fut parfois appelée baronne Gostkowska. Napoléon Ignace Gostkowski ne fut naturalisé français qu’au printemps 1848, à cette époque il était en poste dans le département de la Nièvre.
Napoléon Ignace Gostkowski décéda le 10 mars 1881 à Issoudun (Indre).


S. HUG