vendredi 23 décembre 2011

Le chanteur de Noëls (Alfred Meilheurat - Physiologie du Moulinois)

-



En 1843, le poète et journaliste Alfred Meilheurat (1821-1855) publiait Physiologie du Moulinois, un étonnant théâtre social de la Belle endormie de la première moitié du XIXe siècle. Parmi toutes les figures traditionnelles prit place celle du chanteur de Noëls.



"Lorsque les anges du ciel répètent aux anges de la Terre : "Noël approche, voici Noël !" les gamins moulinois assez aimés de Dieu pour être admis, avec la permission de M. le Maire, à chanter, un mois durant, les louanges du Rédempteur, s'apprêtent à remplir convenablement cette sainte mission.



Ils de divisent en trois bandes qui doivent se partager les quartiers de Moulins. Chaque bande a son chef chargé d'apprendre les Noëls à ses compagnons, et se surveiller leur conduite.



Le soir du 24 au 25 novembre arrivé, le chanteur de Noëls s'arme d'un bâton, emprisonne ses mains dans des mitaines de peau de chèvre, empoche son livre de cantiques, et, dans cet équipage, va chanter de porte en porte et se morfondre trois heures durant, pour gagner une bûche de bois et quelques pièces de monnaies.



Le chanteur de Noëls est loin d'être bien accueilli partout. Aussi ne se montre-t-il pas ingrat envers les âmes charitables qui le rétribuent le plus largement; mais comme ses moyens de reconnaissance sont fort bornés, il chante deux cantiques au lieu d'un sur le seuil des portes privilégiées, et se tient pour quitte envers ses maîtres... Plaignons les privilégiés...



Le chanteur de Noëls, en butte à toutes les intempéries de l'air, se console de ses tribulations, en songeant qu'il chante pour son Dieu qui lui donna la voix, et surtout au splendide réveillon qui sera le prix de sa peine".


Alfred Meilheurat


-

jeudi 22 décembre 2011

LES CARNETS DE BORVO : l'archipel bocager.

Le bocage, de part son étendue au cœur du Bourbonnais et sa force historique, est l’un des grands symboles de notre province. La diffusion du paysage bocager ne remonte en fait qu’aux XVIIe-XVIIIe siècles sous l’action d’un nouveau capitalisme rural lié au triomphe du système de l’embouche (engraissement des veaux sur dix à douze mois dont l’encadrement était défini par un contrat tacite ou écrit liant le propriétaire à l’exploitant). Cependant, la chronologie de la bocagisation du Bourbonnais demeure l’une des grandes inconnues de notre histoire rurale. Le paysage bocager, même s’il est de nos jours en partie dégradé sous l’action des remembrements et de la rationalisation des pratiques agraires, prend généralement l’aspect d’un parcellaire multiforme dont chaque élément est séparé des autres par un enclos de haies vives. Ce paysage est devenu depuis une vingtaine d’années un enjeu environnemental et patrimonial. Les actions de conservation, de sensibilisation et de découverte de ce milieu traditionnel sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses dans le cadre des politiques communautaires et celles des Pays. Si les activités agricoles dominent encore largement l’espace bocager, le poids de l’élevage bovin y est en perte de vitesse depuis la fin des années 1980. Cosne-d’Allier demeure le centre de foire le plus important du Bocage avec une foire aux bovins en mars et une foire aux reproducteurs charolais en novembre.
Les paysages de bocage dessinent un large arc posé au cœur du Bourbonnais. Onze entités communautaires se partagent cet héritage bocager : Pays de Chevagnes, Communauté d’agglomération de Moulins, Bocage Bourbonnais, Pays de Lévis, Bocage Sud, Pays de Montmarault, Com com Sioule-Colettes-Bouble, Com com de Commentry-Néris, Pays de Marcillat, Communauté d’agglomération de Montluçon et Pays d’Huriel.
Au point de vue territorial, au-delà d’une identité paysagère et historique commune, le bocage peut être comparé à un archipel. Le poids, l’étendue et le rayonnement des agglomérations moulinoises et montluçonnaises (s’étendant à elles deux sur plus d’un quart des communes bocagères) organisent en effet l’espace bocager en une géographie bipolaire laissant à ses marges un vaste système périphérique.
Les espaces bocagers gravitant dans l’orbite de Moulins ou de Montluçon prennent l’aspect de campagnes gagnées de façon interstitielle par la rurbanisation et possédant une bonne dynamique démographique même si les zones les plus proches des centres-villes commencent à perdre des habitants au profit d’une seconde couronne plus lointaine (vers l’ouest pour Montluçon et dessinant un vaste croissant oriental pour Moulins et son agglomération). Au point de vue fiscal, ces espaces bocagers polarisés sont des terres de revenus plus élevés que la moyenne bourbonnaise. Alors que le Pays de Commentry-Néris fait partie du territoire social et économique du Grand Montluçon, le triangle du Pays de Bourbon (Bourbon-l’Archambault-Souvigny-Moulins) est résolument à rattacher à l’aire de rayonnement moulinoise.
Les espaces bocagers périphériques sont généralement marqués par la thématique de la déprise démographique (entre 25 et 50 habitants par kilomètre carré avec des pertes de population de l’ordre de 10 à 30 % durant les trente dernières années). Néanmoins, la plupart des bourgs-centres organisant ces espaces périphériques ont plutôt bien résisté à cette érosion démographique : Tronget est ainsi passé de 1000 habitants en 1982 à 932 en 2007, Le Montet de 544 à 510, Cosne-d’Allier de 2454 à 2195, Bellenaves de 1100 à 1041, Chevagnes de 720 à 700, Lurcy-Lévis de 2300 à 2134, Huriel de 2347 à 2460, Marcillat-en-Combraille de 976 à 907, Montmarault de 1443 à 1574, Villefranche-sur-Allier de 1272 à 1331, Doyet de 1191 à 1224, Ebreuil de 1222 à 1265. Dans ce concert Hérisson et Ygrande font figure d’exceptions, situées à mi-chemin entre les aires de rayonnement de Moulins et de Montluçon et touchant la zone démographiquement déprimée de Tronçais. Ygrande est ainsi passée entre 1982 et 2007 de 900 à 768 habitants, Hérisson de 872 à 680 habitants.
Si la plupart des communautés de communes de l’archipel bocager peinent à développer l’économie de leur territoire, notons toutefois la vitalité de l’axe Villefranche-sur-Allier/Montmarault situé au carrefour de l’A71 avec la RCEA. Alors que le tissu économique de Villefranche est dominé par la SOCOPA (alliée depuis 1980 au Groupe Coopératif de Villefranche créé en 1956) qui transforme chaque semaine en pièces de boucheries conditionnées environ 850 charolais, Montmarault profite à plein de sa rente de situation à moins d’un kilomètre d’une sortie de l’A71 (mise en service en 1989) et possède désormais cinq zones d’activités (Route de Moulins, 18 ha – 17 entreprises, Grands Champs, 12 ha – 6 entreprises, La Plume, 6 ha – 4 entreprises, Route de Sazeret, 10 ha – 2 entreprises, ZAC du Château, 45 ha).






S. HUG




dimanche 18 décembre 2011

Lapalisse en toile de fond d'une opérette de Francis Lopez.

-



Quatre Jours à Paris, créée à Bobino le 22 février 1948, est la troisième opérette de Francis Lopez, après La Belle de Cadix et Andalousie. Avec cette œuvre, Francis Lopez (compositeur) et Raymond Vincy (auteur du livret) signent une sorte "vaudeville-opérette" dans lequel le livret, avec ses quiproquos, ses rebondissements incessants, a plus d'importance que la partition.






Quatre Jours à Paris se joue une année entière à Bobino puis est repris en 1960 à l'ABC. Une version cinématographique est adaptée en 1955 pour Luis Mariano, entouré de Roger Nicolas, Jeanne Sourza et Geneviève Kervine. Malgré la qualité de l’interprétation, le résultat ne fut guère convaincant. Il est à noter au passage que la séquence lapalissoise de Quatre jours à Paris fut transposée dans ce film en Provence, sans aucun doute plus radieuse pour le public parisien. Une adaptation pour la télévision fut réalisée en1978 et réunissant pour l'occasion une belle affiche : Georges Guétary, Eliane Varon, Michel Dunand, Katia Tchenko, Jacqueline Guy.
Quatre jours à Paris est aujourd"hui l’une des opérettes de Francis Lopez qui totalise chaque année le plus de représentations sur nos scènes de province.


L'intrigue vaudevilesque est simple :

Ferdinand est la coqueluche des clientes de l'institut de beauté "Hyacinthe de Paris". La plus empressée, Amparita, est la femme d'un riche brésilien, Bolivar. Avec la complicité de Hyacinthe, elle tente de séduire le jeune homme. Pendant ce temps, Ferdinand, qui ignore tout de ce petit complot, fait visiter la capitale à Gabrielle, une petite provinciale venue passer "quatre jours à Paris". À l'institut, Amparita, qui a attendu en vain sa proie, est furieuse. De retour, Ferdinand se moque bien des reproches qui lui sont adressés. Il cherche surtout le moyen de rejoindre Gabrielle repartie à la Palisse, dans l'Allier. Pour égarer les soupçons, il déclare qu'il est appelé d'urgence au chevet de sa vieille grand-mère. Un ami de Ferdinand finit par vendre la mèche et tous les protagonistes se retrouvent à La Palisse, dans l'auberge du papa de Gabrielle. Avec trois femmes amoureuses de lui (Ampira, Gabrielle et Simone, une maîtresse de longue date), Ferdinand, malgré son imagination, ne peut accumuler les mensonges bien longtemps... et Gabrielle met bientôt tout ce beau monde à la porte.
De retour à Paris, amoureux de Gabrielle, Ferdinand refuse de reprendre le travail. La brave Simone se dévoue... Elle fait venir Gabrielle dans la capitale et, après une ultime dispute, les amoureux se réconcilient juste avant que ne tombe le rideau.




S. HUG




vendredi 16 décembre 2011

1851-2011 : retour sur la résistance donjonaise au Coup d'Etat du 2 décembre. Dernier volet : ordre napoléonien et lieux de mémoire.

-


Dans la semaine qui suivit les événements du Donjon et de La Palisse, les journaux conservateurs du département orchestrèrent une campagne de presse visant à glorifier l’action des défenseurs de l’ordre et d’horrifier le peuple et la bourgeoisie en dépeignant des insurgés guidés par la soif du sang : « On nous communique de nouveaux détails sur la manière dont les brigands du Donjon se sont conduits envers leurs prisonniers. C’est au milieu de la nuit que ceux-ci ont été arrachés de leurs lits et on ne leur a pas permis de prendre tous leurs vêtements. Ils ont été amenés presque nus, des sabots aux pieds. On les a fait monter dans une charrette à fumier, l’escorte vociférait autour d’eux les injures les plus grossières et les menaces les plus atroces, avec accompagnement de chansons démagogiques ou obscènes. Le temps étant brumeux, la nuit glaciale, les honorables citoyens ainsi conduits grelottaient et se plaignaient du froid, ce qui amusait beaucoup leurs bourreaux. M. de la Boutresse ayant essayé, pour se réchauffer, de battre des bras, on lui lia les mains. En arrivant à Lapalisse, les insurgés ont dirigé leurs captifs vers la prison publique (…) Les cannibales qui ont assassiné les gendarmes de La Palisse se sont acharnés, assure-t-on sur le cadavre du malheureux brigadier percé de dix balles. Ils auraient, chose horrible ! dansé sur son cadavre, et l’auraient criblé de coups de baïonnette. » (Messager de l’Allier du 8 décembre 1851).


Les 21 et 22 décembre, les électeurs du département de l’Allier approuvèrent l’instauration d’un pouvoir fort par 69 932 OUI contre 1 326 NON, ce qui, au passage, permet de nuancer les certitudes de l’historiographie régionale quant à la chronologie des « campagnes rouges bourbonnaises ». Aidée par des détachements de cavalerie, la remise en ordre bonapartiste put s’opérer rapidement dans le département de l’Allier. 852 républicains furent arrêtés et, à partir du mois de mars, des commissions mixtes (chambres mi-civiles, mi-militaires) instruisirent et jugèrent selon une procédure d’exception les personnes reconnues d’actes de rébellion. 246 furent déportés en Algérie, 11 à Cayenne, 100 autres furent internés et, enfin, cinq peine de mort par contumax furent prononcées.
Du côté Lapalissois, même si aucun habitant de la ville ne participa directement à l’émeute, ving-quatre d’entre eux furent jugés et neuf furent transportés en Algérie : le notaire Etienne Rocher, le clerc de notaire Jean Amaury, Claude Blettery, sans profession, le cordonnier Guillaume Ducoin, le serrurier Guillaume Dereure, le comptable Claude Lefaucheur, l’aubergiste Jean-Baptiste Maguet, le charcutier Joseph Minard, le voiturier Jean Papon. La plupart rentrèrent d’exil, par le port de Sète, entre le mois de janvier et le mois de mars 1853. Gilbert Ducoin mourut à Blida, en Algérie, en 1873 où il était devenu sous-directeur de la Caisse d’Epargne locale. Etienne Rocher, après avoir été mis en résidence surveillée à Douéra, s’établit à Alger où il mourut en 1895. Une loi de réparation nationale promulguée le 30 juillet 1881 en faveur des victimes du 2 décembre 1851 dédommagea sous forme de pensions ou de reversions les personnes jugées ou leurs ayants-droits.

Deux lieux de mémoire. Une souscription fut ouverte au printemps 1852 pour édifier un petit monument funéraire sur la tombe du gendarme Lemaire. Notons au passage que l’évêque de Moulins, Mgr de Dreux –Brézé, prit en charge l’éducation de la fille unique du maréchal-des-Logis tombé sous les balles de Donjonais et la dota d’une rente une fois arrivée à sa majorité. Des aides publiques furent également allouées à la veuve du gendarme. En 1882, lors de la victoire d'Honoré Préveraud aux législatives, les partisans du républicain donjonais dégradèrent cette tombe qui portait alors une grandiloquente inscription sur son socle. En 1905, le comité de la Libre-pensée lapalissoise demandait encore la suppression de cette inscription jugée provocatrice. On ignore à quelle date la partie la plus "réactionnaire" de l'épitaphe fut définitivement martelée.


L'idée d'ériger un monument dédié aux victimes du coup d'Etat du 2 décembre 1851 fut lancée par Antoine Hugon, maire de Saint-Prix, dans un discours prononcé en mai 1905 lors des obsèques d'Edmond Bourrachot, l'un des plus fervents républicains donjonais du 4 décembre 1851. Il fallut attendre la fin de l'année 1907 et l'arrivée à l'Hôtel de ville de Lapalisse de Jean-Baptiste Baudon, radical-socialiste, pour que le projet trouve enfin un écho favorable auprès de la municipalité. Un comité fut organisé : M. Hugon en fut le président, MM. Baudon, maire de Lapalisse et Bonnet, maire du Breuil, vice-présidents, M. Rambaud, cordonnier en fut le trésorier et M. Chervin, instituteur, secrétaire. Une souscription fut ouverte auprès du public et des maires républicains du département. Le Conseil général et la Mairie de Lapalisse mirent la main à la poche, mais l'argent peina à être rassemblée. Alors que l'on prévoyait un monument en granit du Mayet, on se résolut à utiliser la pierre de Villebois, moins chère. L'emplacement du monument déclencha également une vive polémique. Pour l'ériger, J.B Baudon autorisa le déplacement d'une croix qui fut reléguée au coeur du cimetière de la ville. Par ailleurs, M. Balleydier, dont le mur de la propriété touchait à l'emplacement réservé au futur monument mena une véritable guérilla juridique afin que "la borne" ne soit pas collée à son mur...




Achevé en 1913, le monument, dont le socle renferme un parchemin sur lequel figuraient les 140 noms des héros du 4 décembre 1851, ne fut inauguré qu'en 1922. Ce monument devint vite un lieu de mémoire pour tous les républicains locaux. Aussi, ce fut à ses pieds que se déroula la grande manifestation antifasciste du 1er juillet 1934. Près de 3 000 personnes investirent ce jour là les abords de la mairie, de la sous-préfecture et du champ de foire afin de témoigner de leur volonté de défendre les valeurs républicaines face à la montée des ligues d'extrême-droite.
Le 2 décembre 1951, la municipalité de Charles Bécaud, ancien résistant et déporté, organisa les cérémonies du centenaire de la résistance républicaine au coup d'Etat du 2 décembre 1851 en présence du Préfet de l'Allier, du sous-préfet de Vichy, de M. Auberger, sénateur, M. Migay, député, M. Lamoureux, ancien ministre et M. Rougeron, président du Conseil général de l'Allier.
Depuis 2006, chaque début décembre, des élus, des membres ou de simples sympathisants des partis de gauche font revivre, le temps d'une cérémonie, la mémoire des républicains de 1851.


-


S. HUG


lundi 12 décembre 2011

LES CARNETS DE BORVO : la sphère moulinoise.

Moulins est sans nul doute l’une des préfectures les plus discrètes et les méconnues du territoire national. Située sur les bords de l’Allier à 300 kilomètres de Paris (3 h 30 par la route – 2 h 40 par le rail), Moulins ne jouit malheureusement pas d’une grande notoriété à tel point que la plupart des jeunes générations françaises sont incapables de placer sur une carte de l’Hexagone cette ville de seulement 22 000 habitants (25 000 habitants en 1982). La communauté d’agglomération de Moulins regroupe quant à elle dix communes et 58 000 h ce qui limite le poids de la région moulinoise. Certaines administrations nationales utilisent par ailleurs le vocable de Moulins-sur-Allier ce qui pour les Bourbonnais constitue un joli pléonasme mais qui à coup sûr ancre psychologiquement pour ceux et celles qui ne connaissent pas Moulins au rang des petites villes de terroir. Le déclassement dans la hiérarchie urbaine française est un risque réel qui pèse sur Moulins. Ainsi, la défense du Tribunal de Grande Instance menacé en 2008-2009 par la réforme de la carte judiciaire nationale a mobilisé toute les composantes de la vie politique et sociale moulinoise et fut couronné de succès puisqu’en janvier 2010 le Conseil d’Etat a invalidé la fermeture programmée du TGI moulinois.
Depuis le début des années 1980, la promotion de la ville de Moulins est donc devenue une priorité municipale. Après avoir joué sur l’image d’une cité sportive sous les mandats d’Hector Rolland (1971-1989), Pierre-André Périssol, maire de Moulins depuis 1995, essaye de promouvoir le patrimoine de la ville et de développer son potentiel touristique : classement en tant que Ville d’Art et Histoire en 1997, ouverture du Centre National de l’Illustration dans l’Hôtel de Mora en 2005, inauguration enfin, dans l’ancienne caserne Villars totalement rénovée, du CNCS (Centre National des Costumes de Scène, qui conserve près de 10 000 pièces) en juillet 2006.



Pourtant, la défense de l’identité moulinoise, se confondant souvent avec celle de toute la province, commença très tôt avec la création de la Société d’Emulation du Bourbonnais en 1846 et de la Société des Etudes Locales en 1920. Citons également ici les travaux d’Alfred Meilheurat et sa Physiologie du Moulinois (1843), de Marcel Génermont fondateur des Cahiers Bourbonnais et auteur notamment de Jacquemart, doyen des Moulinois (1938), et de Marie Litaudon, Moulins en 1460 (1947) et Moulins en 1660 (1961).

Au point de vue économique, le poids des services, des commerces et des administrations est particulièrement fort à Moulins où le secondaire n’a jamais réussi à dépasser la barre des 20 %. La répartition des activités économiques sur le territoire de l’agglomération moulinoise est intéressante à noter. Alors que la ville de Moulins concentre l’essentiel des fonctions administratives, des services territoriaux et des petits commerces, les grandes surfaces commerciales et les grandes unités industrielles et tertiaires sont établies sur les communes d’Yzeure (12 500 h – société BOSCH - 320 employés) et d’Avermes (3 800 h – Parc Moulins-Foire-Expo, les sociétés Potain, 250 employés, JPM, 400 salariés, base logistique Intermarché 200 salariés, Centre Leclerc 200 salariés). Cette distribution spatiale trouve son corollaire dans la géographie politique de l’agglomération : alors que la ville de Moulins est résolument ancrée à droite, Yzeure et Avermes sont votent elles à gauche.
Dans les années à venir, la fonction de carrefour (RCEA – RN9 et RN7) pourrait, si elle est convenablement exploitée, constituer un atout de taille pour l’agglomération moulinoise. En revanche, l’activité de l’aérodrome de Moulins-Montbeugny n’a jamais véritablement décollée. La ville de Moulins, en tant que Préfecture, offre une gamme très complète d’administrations et de services et possède un panel de commerces relativement étoffé. Le Centre Hospitalier et la Clinique Saint-Odilon contribuent au pouvoir d’attraction de Moulins. A cela s’ajoute, le rayonnement de l’Evêché, un IUT créé en 1996, des Lycées dont le fameux Banville (classes prépas), des cinémas, mais en revanche l’agglomération présente une réelle faiblesse au niveau des salles de spectacles. Le pouvoir médiatique de Moulins est également limité : aucun quotidien moulinois (seule existe une agence du quotidien clermontois La Montagne), on y trouve également le siège de l’hebdomadaire La Semaine de l’Allier et les studios de France3 Auvergne-Moulins.
L’aire d’influence de Moulins est plutôt stable depuis plusieurs décennies, s’étendant à toute la moitié nord du département de l’Allier et aux marges sud du département de la Nièvre (la ville de Nevers a seulement 50 kilomètres de Moulins en limite son influence septentrionale).






Au niveau historique, la première mention de Moulins remonte à 990. En 1232, le sire de Bourbon Archambaud VI octroie une charte de franchises aux habitants de la ville de Moulins qui fut la capitale du duché de Bourbon entre 1327 et 1523. Dans la seconde moitié du XVe siècle, la cour ducale de Moulins atteint son apogée sous Pierre II et Anne de France (nombreux artistes dont le fameux Maître de Moulins, peintre encore anonyme).

Au XVIIe siècle, Moulins devint le siège d’une généralité qui s’étendait bien au-delà des limites de la province du Bourbonnais. Devenue chef-lieu du département de l’Allier en 1790, siège d’un évêché en 1823, Moulins, ville bourgeoise, incarna vue de la capitale l’archétype de la ville balzacienne du XIXe siècle, surnommée d’ailleurs La Belle endormie. Le décollage industriel de Moulins fut tardif et ne remonte qu’aux années 1960. Cinq grandes sociétés ont marqué l’histoire industrielle de l’agglomération moulinoise : Ducellier-Bendix, Bally Chaussures, Thomson, Potain et JPM. Devant l’augmentation du nombre des ouvriers et des employés, des quartiers HLM sortirent de terre durant les années 60 : au Sud, les Champins, au Nord, les Gâteaux et les Chartreux. Alors que le bassin montluçonnais commençait à entrer en déclin au moment moment Moulins se réveillait, laissant croire à certain que la hiérarchie industrielle de l’Allier finirait par s’inverser. Or, à partir des années 1980, les cinq principales entreprises moulinoises furent frappées par la concurrence internationale.
Héritière d’une tradition locale du travail du cuir, le chausseur Bally employa jusqu’à 500 employés au début des années 1980. Entamant ensuite un long déclin, le site ferma définitivement en 1999 après une vaine tentative des employés pour l’administrer.
Thomson s’installa à Moulins à la fin des années 1950 en créant un atelier d’assemblage de postes de télévision (150 emplois originels). Au milieu des années 1960, le site moulinois employa plus de 900 personnes. La décennie 70 fut marquée par une série de crises et d’espoirs, mais l’usine Thomson ferma définitivement au début des années 80.
La société Potain s’installa à Avermes en 1959 par le rachat de la fabrique de wagons miniers Decauville. Spécialisée dans la conception de grues, la société Potain fut d’ailleurs le leader mondial dans ce secteur au cours des années 1970 (250 employés environ). A partir des années 1990, Potain connut un recul de son activité. En 2001, Potain Moulins fut racheté par le leader mondial Manitowoc avec une petite centaine de salariés.
La société JPM fut fondée en 1970 par Paul Chauvat, futur maire de Moulins entre 1989 et 1995. Spécialiste de la serrurerie. JPM cessa ses activités en 2013 supprimant de la sorte près de 200 emplois. Enfin, au début des années 1960, l’équipementier automobile Ducellier-Bendix-Air-Equipement s’installa à Yzeure et employa jusqu’à 600 personnes. En 1996, le site fut repris par BOSCH qui réduisit les effectifs à 370 personnes. Fabriquant désormais des systèmes de freinage ABS, le site n’emploie plus que 320 personnes.

-


S. HUG


dimanche 4 décembre 2011

1851-2011 : retour sur la résistance donjonaise au Coup d'Etat du 2 décembre. Troisième volet : Du sang sur le pavé.

-


Mais alors que les deux colonnes républicaines continuaient à avancée, la ligne de défense se débanda, pompiers et gardes nationaux prirent sans coup férir la fuite. Sur ces entrefaites, Rochefort courut jusqu’à son bureau de la sous-préfecture, prit un sac d’écus, jeta dans une cheminée quelques papiers sensibles et s’enfuit par une porte située à l’arrière du bâtiment en direction de la mairie. Les deux bâtiments administratifs furent perquisitionnés par les insurgés qui finirent par trouver Rochefort caché dans un réduit.
Dehors, le gros de la troupe donjonaise n’avait pas perdu de temps et s’était appliqué à édifier une barricade à la hauteur du presbytère. Vers 8 h 30, sept gendarmes de la caserne de La Palisse, suivis par une escouade de pompiers et de gardes nationaux se placèrent au pied de l’actuelle rue de la Fraternité. A mi-pente, le lieutenant Combal fit signe à ses hommes de lancer une charge. Un tir nourri barra cette charge. Le Maréchal-des-logis Lemaire fut tué sur le coup, les gendarmes Busson et Jaillard furent grièvement blessés, les quatre autres membres de la charge furent plus légèrement touchés et battirent en retraite. L’intensité du feu donjonais mit en déroute le corps des pompiers et des gardes nationaux. Le sous-préfet profita le l’émotion générale pour s’enfuir par la cure de l’église, enjamba le mur qui la séparait du jardin de la sous-préfecture, gagna les écuries, y harnacha à la hâte un cheval et fila au galop par l’actuelle route de Bert. Ci-dessous : plan des affrontements de La Palisse dressé par l'historien cussétois Jean Cornillon (1845-1936) et publié dans son étude sur Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 dans le département de l'Allier.
(Pour agrandir l'image : clic droit, puis ouvrir le lien)


Maîtres de La Palisse, les Républicains donjonais parcoururent la ville afin d’essayer de recruter des hommes supplémentaires. Leurs démarches furent sans résultats. En tout début d’après-midi, l’annonce de l’arrivée imminente d’un escadron de chasseurs en provenant de Moulins sema le trouble parmi les rangs des insurgés. A 14 heures, alors qu’il commençait à neiger, les Donjonais prirent la décision de se replier et à 16 heures, le sous-préfet de Rochefort entra dans La Palisse à la tête d’un détachement de cavalerie. Rochefort nota le soir même dans une lettre adressée au Préfet de l’Allier : « A notre retour, la ville était évacuée et les chasseurs se sont emparés de la mairie sans trouver d’obstacles. De concert avec M. le juge de Paix, j’ai fait arrêter 18 des principaux émeutiers qui ont été trouvés armés dans les cabarets et cafés. Demain à 8 heures, nous partirons pour Le Donjon avec 100 chasseurs, les autres resteront ici. Toute la journée on a sonné le tocsin dans les cantons de Jaligny, de Lapalisse et du Donjon. Il faut de toute nécessité que vous me laissiez de la garnison : la partie bonne de la population est convaincue qu’aussitôt le départ des chasseurs les brigands reviendront. Je ne trouverai pas d’hommes pour faire la moindre résistance. La position ne serait pas tenable. Avisez. » Relevons au passage que les émeutiers arrêtés furent principalement des Lapalissois aux idées républicaines et démocrates très affirmées.
A deux heures du matin, le 5 décembre, les Donjonais étaient de retour dans leur bourg où ils tinrent conseil sur la suite à donner à leur rébellion. Très vite, ils prirent la décision de se séparer, de se cacher ou de s’enfuir. Honoré Préveraud gagna la Belgique, Bourrachot Père, Felix et Adolphe Terrier, de Nolhac, Fagot, Pélassy et Jules Préveraud se réfugièrent en Suisse. Les deux frères Bourrachot furent arrêtés à quelques kilomètres de la frontière suisse, Philibert Bonnet et Léon Préveraud furent quant à eux appréhendés à Roanne, le chemin de l’exil d’Ernest Préveraud fut stoppé net à Saint-André et celui de Georges Gallay s’arrêta à Nantua.




A suivre...




-



S. HUG




samedi 3 décembre 2011

1851-2011 : retour sur la résistance donjonaise au Coup d'Etat du 2 décembre. Deuxième volet : Investir La Palisse.

-


Les événements survenus le 4 décembre 1851 à Lapalisse furent l’œuvre d’une poignée de Républicains donjonais déterminés. Depuis plus d’une année, De La Boutresse, maire du Donjon et d’Ollivier, juge de Paix du canton, surveillaient un petit cercle gagnées par les idées démocrates : les médecins de Nohlac et Barthélémy Terrier, les deux frères de ce dernier, Antoine, notaire et Felix, propriétaire, un autre propriétaire nommé Fagot, le pharmacien Pelassy, l’épicier Raquin et un ancien conducteur des Ponts-et-Chaussées, Philibert Bonnet. A quelques kilomètres de là, à Neuilly-en-Donjon, vivait Georges Gallay, candidat malheureux lors de la Législative de 1850. A ce premier groupe s’ajoutaient quelques jeunes éléments bouillonnants : Honoré Préveraud, Edmond et Adolphe Bourrachot, Ernest et Jules Préveraud. Durant le mois de Novembre 1851, des rumeurs de Coup d’Etat se propagèrent parmi les cercles républicains. Il faut dire que depuis plus d’une année, le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte menait une campagne visant à obtenir la révision de la Constitution de 1848 afin de pouvoir être réélu pour un second mandat consécutif. Pour parer au pire, le 1er décembre, d’Olivier fit mettre en sécurité au domicile du maire De La Boutresse une cinquantaine de fusils et deux cents cartouches.
Le 3 décembre, vers 16 h 00, la directrice des Postes ouvrit le courrier officiel venant de Paris et découvrit les décrets pris l’avant-veille par le Prince-Président. D’Olivier et De la Boutresse furent immédiatement avertis. On fit détacher les cordes des cloches de l’église afin d’empêcher de sonner le toscin. En moins d’une heure, le camp républicain fut également au courant du Coup d’Etat et se rassembla comme un seul homme devant la mairie du Donjon. En quelques minutes, D’Olivier, De la Boutresse et une demi-douzaine de conservateurs patentés furent arrêtés et placés en chambre de sûreté. Quant aux gendarmes donjonais, ils furent désarmés et consignés dans leur caserne sans montrer la moindre résistance. A neuf heures du soir, le sous-préfet de La Palisse, Antoine de Rochefort reçut un message envoyé par l’épouse du juge de Paix d’Olivier et porté par un domestique l’informant de la situation au Donjon. Pendant ce temps, des contingents républicains venant des communes de Lenax, Neuilly-en-Donjon, Luneau et Montaiguet-en-Forez arrivèrent au Donjon. Par un froid vif, le 4 décembre, à deux heures du matin, les insurgés donjonais, emmenant avec eux leurs prisonniers, se mirent en route pour La Palisse dans le but de prendre la sous-préfecture. A sept heures du matin, la ville des bords de Besbre était enfin en vue, un drapeau rouge flottait au dessus de la troupe. La mémoire collective donjonaise prétend même que ce drapeau avait été confectionné avec la doublure écarlate du manteau d’hiver du pharmacien Pélassy. Les Donjonais formèrent deux colonnes et descendirent l’actuel le avenue Pasteur. A la hauteur de l’entrée du foirail, les deux colonnes d’insurgés furent stoppées par une ligne formée d’une trentaine de pompiers et de gardes nationaux commandés le maire de La Palisse Pierre-Antoine Meilheurat et un vieux capitaine Bouquet, vétéran de l’Empire. Accouru, le sous-préfet Rochefort se plaça en avant de cette ligne de barrage et demanda aux insurgés de s’identifier, aussitôt, un cinglant « Républicains du Donjon ! » s’éleva des deux colonnes. Des deux côtés, les armes furent immédiatement préparées.


A suivre...


-

S. HUG


vendredi 2 décembre 2011

1851-2011 : retour sur la résistance donjonaise au Coup d'Etat du 2 décembre. Premier volet : désirs d'ordre, désirs de démocratie (1847-1851)

-


Les événements survenus le 4 décembre 1851 à Lapalisse s’inscrivent dans un contexte historique marqué par une crise économique et sociale relativement sévère durant laquelle les Français firent l’apprentissage de la démocratie. Face aux velléités des couches populaires (que l'on commençait à appeler le prolétariat), la bourgeoise fit le choix du parti de l’Ordre et de confisquer pour son propre compte la puissance du suffrage universel.
Depuis 1846, toute l’Europe occidentale était en effet plongée dans une crise économique qui trouvait son origine dans une série de mauvaises récoltes. Du coup, bien que les prix agricoles flambaient, les revenus de la paysannerie, premier marché de consommateurs, chutèrent lourdement, grevant en ricochet toute l’activité industrielle européenne. La sortie de crise n’apparut que durant l’année 1852.
Notre Bourbonnais, profondément rural, fut bien entendu durement touché par cette crise et cela d’autant plus que les approvisionnements en céréales d’une province à l’autre étaient encore handicapés par la faiblesse de la circulation de l’argent et un réflexe de cloisonnement territorial qui réapparaissait immédiatement en temps de crise. En 1847, à Varennes-sur-Têche, une troupe de 40 personnes investit le château de Précord et emporta les grains du sieur Tain, fermier du lieu. Le degré de politisation des couches populaires bourbonnaises est à cette époque une question difficile à résoudre, faute de sources suffisantes. Si, d’une façon générale, l’opinion publique bourbonnaise n’appréciait guère le virage autoritaire pris par la Monarchie de Juillet, on ne peut pas dire que notre département grouillait de révolutionnaires. Il existait néanmoins quelques foyers d’agitation proches des idées socialistes à l’image de celui des mineurs de Bert, situé à quelques kilomètres de Varennes-sur-Têche, et qui était étroitement surveillés par le sous-préfet de Lapalisse.
La Révolution de février 1848, la proclamation de la République suivie de l’instauration du suffrage universel masculin furent bien accueillis en Bourbonnais et le passage d’un régime à l’autre ne donna pas lieu à des incidents notables. Alors que la solution des Ateliers nationaux ne parvenait en rien à juguler les effets de la crise économique, les espoirs placés par le peuple dans l’avènement d’une République sociale s’évanouirent au fil des semaines face à une bourgeoisie qui choisit la voie du retour à l’ordre. Ce fut en mai 1849, alors que la Capitale bouillonnait une nouvelle fois que se produisit la célèbre affaire de la Brande des Mottes. Dans la nuit du 14 au 15 mai, alors que l’on attendait avec fièvre des nouvelles de Paris où, d’après les rumeurs, des émeutes avaient éclatées, un rassemblement de sept à huit cents paysans se forma à La Brande des Mottes (entre Nocq et Huriel) dans le but de marcher sur Montluçon et Moulins. Aucun incident ne fut à déplorer et, faute de nouvelles, la troupe se dispersa dans le bocage. Toutefois, la peur de faire face à une véritable jacquerie secoua la Préfecture de Moulins qui, dans les mois qui suivirent, fit surveiller avec un zèle redoublé les clubs politiques du département et les meneurs jugés trop républicains.


A suivre...


-

S. HUG

samedi 19 novembre 2011

1940-1942 : l'école de Cadres des Vignauds




Entre 1940 et 1942, le château des Vignauds, situé à la limite des communes de Lapalisse et de Saint-Prix, le long de la route de Roanne, abrita une Ecole de Cadres. Lors de stages de deux à trois semaines, les futurs chefs des chantiers de jeunesse apprenaient les rudiments du commandement et les bases idéologiques de la Révolution Nationale. L'école de Lapalisse fut dirigée par Roucher (qui fonda par la suite celle d'Alger), puis par son adjoint Bernard. En 1942, l'école des Vignauds fut déménagée au château de Clerlande (Varennes-sur-Morge, dans le Puy-de-Dôme).






Carte postale expédiée par un stagiaire de l'Ecole des Cadres des Vignauds en 1941.













ci-contre : La revue Elan, publiée lors de chaque session de stage, ci-dessus : la levée des couleurs dans la cour des Vignauds en 1941 (collection particulière).



S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

vendredi 18 novembre 2011

In Mémoriam : Gaston Gay vient de nous quitter.



Né à Loddes en 1921, Gaston Gay passa toute son enfance à Barrais-Bussolles où ses parents tenaient un café. Après un passage au cours complémentaire de Lapalisse, puis à l'Ecole Normale de Moulins, Gaston Gay devint instituteur en 1941-1942. Réfractaire au STO en 1943, il se rapprocha à partir de l'année suivante des réseaux locaux FFI et finit par s'engager dans le 152e régiment d'infanterie, les célèbres Diables Rouges. Gaston Gay participa à la campagne de libération du territoire nationale et à la campagne d'Allemagne jusqu'au printemps 1945. Il obtint d'ailleurs à cette occasion la Croix de Guerre. Démobilisé, Gaston Gay adhéra au parti Communiste en 1946. Nommé instituteur à Droitutier, puis à Barrais-Bussolles (de 1946 à 1964), puis à Lapalisse (de 1964 à 1976) où il finit directeur de l'école primaire. Candidat aux cantonales de Lapalisse de 1958, 1964, 1970, 1975, 1976, 1982 et 1988, Gaston Gay fut également candidat aux municipales de 1971, 1977, 1983, 1988 et 1989. Il fut conseiller nunicipal de Lapalisse de novembre 1988 à juin 1995. Fondateur du trimestriel Le Courrier de la Besbre en 1977, il en fut le rédacteur jusqu'en 2003.



Au travers de deux ouvrages autobiographiques, Gaston Gay nous livra ses souvenirs de guerre (De Lapalisse à Colmar et au-delà, 1999) et ses souvenirs d'enfance et de jeunesse (Le Bistrot de ma mère, 2004).










jeudi 3 novembre 2011

Voyager et se déplacer en car.

L'âge d'or des autocars dura de la fin des années 1920 au début des années 1970. Une multitude de lignes sillonnaient alors les routes de France sur des distances plus ou moins longues. Le car faisait alors partie intégrante de la vie des campagnes. Qu'il vous conduise au marché local ou à la ville pour des achats d'exception, qu'il vous mène à une gare, à un pensionnat ou à une caserne, prendre le car revenait toujours à se lancer en son fors intérieur la promesse du retour. Rappelez-vous les apparitions rutilantes de l'autocar dans des films tels que Les Vieux de la vieille de Gilles Grangier, La Veuve Couderc de Pierre Granier-Deferre, La Petite Voleuse de Claude Miller ou bien encore dans Le Grand Chemin de Jean-loup Hubert.


Retour sur cette époque où l'autocar permettait de traverser la France ou plus modestement le département, d'aller se faire voir chez les voisins de Clochemerle ou tout simplement de remonter une avenue de platanes qui mène toujours à une gare égarée au pied d'un coteau.



L'autocar de la ligne Paris-Nice à Villeneuve-Saint-Georges (cliché des années 1960 aimablement communiqué par Thierry Dubois, spécialiste de l'histoire de la Nationale 7). A Lapalisse, cet autocar faisait halte à l'Hôtel de France, un drapeau accroché à la façade signalait d'ailleurs au chauffeur la présence éventuelle de voyageurs en attente.



L'autocar de la ligne Vichy-Lapalisse au départ de la gare routière de Vichy (années 1950)


L'autocar de la ligne départementale Lapalisse, Arfeuilles, Le Breuil, Saint-Christophe, Vichy dans les années 1930 devant l'Hôtel de France à Lapalisse.



Le petit autocar de M. Guéret, stationné devant l'Hôtel de France à Lapalisse (années 1960). Ce car assurait plusieurs liaisons quotidiennes entre le centre ville et la gare de Saint-Prix : un voyage à l'ombre des platanes de l'avenue de la Gare, une fenêtre ouverte sur l'extérieur.



S. HUG




mercredi 26 octobre 2011

13 octobre 1941: le Maréchal à Périgny



Le 13 octobre 1941, le Maréchal Pétain réalisa une visite officielle à l'école communale de Périgny où, dans la salle de classe de Mme Martel, il prononça un discours diffusé en direct dans toute la France sur la politique scolaire de l'Etat Français. Au milieu d'une foule importante et accompagné par François Meunier, Maire de Périgny, le Maréchal visita ensuite le jardin scolaire de l'école avant de regagner l'Hôtel du Parc à Vichy.











Le Maréchal en compagnie de François Mercier, Maire de Périgny, et du Préfet de l'Allier.


S. HUG



HUGSTEPHANE@aol.com

dimanche 23 octobre 2011

LES CARNETS DE BORVO : la Forterre.

La Forterre est avant tout une région naturelle située au centre-ouest du département de l’Allier, délimitée à l’ouest par la vallée de l’Allier, à l’est, par la vallée de la Besbre, au Nord par la Sologne bourbonnaise et au sud, par la plaine du Billezois. Cette région est formée d’une succession de plateaux d’origine calcaire, légèrement ondulés, recouverts d’une couverture pédologique de bonne qualité. Malgré le rayonnement mesurée de la ville de Varennes-sur-Allier (3 800 habitants en 2007) et une indéniable unité de paysage, ponctuée par des turreaux (= des buttes-témoins calcaires, c’est-à-dire des plis des strates calcaires qui affleurent à la surface), on ne peut pas dire que le sentiment identitaire fut particulièrement cultivé en Forterre. Avec l’invention des communautés de communes et des Pays, la com com de Varennes-Forterre décida de se construire un passé commun en communicant autour des fouilles archéologiques de Vouroux (faubourg de Varennes) qui ont mises au jour des fours à chaux (alimentés par le calcaire de la Forterre) et des ateliers de potiers gallo-romains.
Démographiquement, le canton de Varennes-sur-Allier possède un profil original. A la fois à cheval sur la vallée de l’Allier, couloir de densités soutenues, et le Bourbonnais des basses densités rurales, la ville de Varennes-sur-Allier, cœur de la Forterre, a perdu plus de 900 habitants entre 1982 et 2007. Au final, en vingt-cinq ans, ce canton a perdu seulement 500 habitants (15 000 habitants en 1982 contre 14 500 en 2007 soit – 4,5 % contre -15 à – 20 % de moyenne pour la plupart des cantons ruraux de l’Allier). L’hémorragie varennoise et celle de son rural profond a été partie atténuée par le dynamisme des communes touchant au Val d’Allier (Créchy, Billy, Saint-Loup). La densité moyenne (74 h/km demeure élevée sur l’échelle bourbonnaise.
Si la ville de Varennes-sur-Allier constitue le centre naturel de la Forterre, la proximité de la ville de Saint-Pourçain (8 kilomètres) et celle de l’agglomération vichyssoise (20 kilomètres) bat en brèche le rayonnement varennois. La ville offre toute une gamme de services de proximité aux populations des environs (commerces, zone commerciale de 18 enseignes, marché de terroir le mardi matin, administrations, professions médicales, notaires, collège, lycée professionnel…). Varennes-sur-Allier garde un pied dans le monde rural en organisant chaque année, deux semaines avant Pâques, l’un des derniers grands concours agricoles du Bourbonnais spécialisé dans la race charolaise (240 bêtes exposées en 2009 lors de la 152e édition de cette réunion).
L’histoire industrielle de Varennes a été longtemps dominée par l’entreprise de menuiserie Moreux créée en 1918 qui fabriqua jusqu’en 2006 du bel ameublement. A la fin des années 70, l’entreprise Moreux compta jusqu’à 700 salariés, puis déclina lentement à partir de 1985. Le déclin des Etablissements Moreux plongea le Varennois dans une réelle crise dont les effets furent en partie amortis par le développement de l’usine du Hollandais Wavin, leader européen du tube et des raccords PVC, installée en 1979 et qui finit par établir son siège social à Varennes-sur-Allier sur la Zone Industrielle de la Feuillouse en 1994. Wavin y emploie actuellement près de 400 employés. Les trois autres entreprises phares de la Zone Industrielle de la Feuillouse sont les Transports Lassalle avec 45 employés, Martel Distribution avec 30 employés et FLC (Flaconnage Logistique Conditionnement), spécialisée dans le conditionnement des cosmétiques et qui emploie une quarantaine de salariés.
Alors que sa fermeture est programmée fin 2015, l’autre point fort de Varennes-sur-Allier est la base aérienne (base n° 606)) et son unité de stockage et d’entretien du matériel de l’Armée de l’Air (détachement Air 277). Créée en 1937 grâce à l’entremise de Marcel Régnier (1867-1958), maire de Billy, sénateur de l’Allier et ministre des Finances de l’époque, cette base aérienne emploie près de 450 personnes (260 militaires, 140 civils et une cinquantaine d’emplois induits) et injuste chaque années environ 15 millions d’euros dans l’économie locale.

Longtemps bastion de gauche (Pierre Courtadon, PCF fut maire de 1989 à 2014), Varennes-sur-Allier bascula à droite au printemps 2014 avec l'élection au poste de premier magistrat de la ville de Roger Litaudon. La ville est confrontée depuis plus de trente ans à un enjeu de taille : le contournement de la ville par l’ancienne RN7. Le nouveau tracé sud devrait être mis en service à l’horizon 2015.
La Communauté de communes Varennes-Forterre a été créée en 2002 et regroupe quatorze communes (Varennes-sur-Allier, Rongères, Montoldre, Montaigu-le-Blin, Boucé, Créchy, Langy, Sanssat, Saint-Gérand-le-Puy, Tréteau, Cindré, Trézelles, Saint-Gérand-de-Vaux et Saint-Félix). Les contours de cette com com donne une image fidèle du rayonnement varennois, battu en brèche au sud par la puissance de l’agglomération vichyssoise et limité à l’ouest par le bassin saint-pourcinois. Ainsi, quatre communes occupant le flanc sud du canton de Varennes-sur-Allier (Billy, Magnet, Saint-Germain-des-Fossés et Seuillet) ont choisi d’adhérer à VVA (Vichy Val d’Allier Métropole). De même, la commune de Saint-Loup, située à l’ouest de Varennes-sur-Allier, a préféré rejoindre la com com du Saint-Pourcinois. A l’inverse, la com com de Varennes-Forterre a obtenu l’adhésion de trois communes n’appartenant pas à son canton : celle de Tréteau, appartenant géographiquement à la Forterre, (canton de Jaligny-sur-Besbre) qui a tourné le dos à la com com du Val de Besbre, celle de Trézelles (canton de Jaligny-sur-Besbre) qui pour des raisons politiques s’est détournée à la fois de la com com du Val Libre et de celle du Val de Besbre et, enfin, la commune de Saint-Gérand-de-Vaux (canton de Neuilly-le-Réal) qui, en effet, appartient plus à la zone d’influence de Varennes-sur-Allier qu’à la couronne immédiate de l’agglomération moulinoise.
Parmi les principales réalisations de cette com com, citons : le Pôle Emploi Entreprise qui rassemble en un même milieu tous les acteurs de l’emploi et de la formation, une Résidence Jeunes Oxygène (15 logements à destination des jeunes apprentis, stagiaires ou intérimaires à la recherche d’un logement), une crèche/halte-garderie Brin d’Eveil, un relais d’assistantes maternelles et la redynamisation des commerces de Saint-Gérand-le-Puy (990 habitants).


-


S. HUG


dimanche 9 octobre 2011

LES CARNETS DE BORVO : le Pays de Tronçais.

Le Pays de Tronçais est tout d’abord une région naturelle située au Nord-Ouest du département de l’Allier. Cette marche historique entre Bourbonnais et Berry est occupée à près de 30 % par un couvert forestier de 14 900 hectares (l’ensemble le plus important d’Auvergne). Trois forêts domaniales sont à distinguer : la forêt de Tronçais occupe 10 500 hectares, la forêt de Soulongis 375 hectares et la forêt de Civrais 1 092 hectares (dont un tiers fait partie du territoire de la com com du Pays de Tronçais). Par ailleurs, 3 650 hectares appartiennent à des propriétaires privés (environ 24 % de la superficie totale). Les peuplements de feuillus dominent (chênes et hêtres), les résineux étant plus rares. La partie la plus noble de ce massif forestier est constituée par la futaie de Tronçais, une chênaie produisant un bois jaune paille, régulier et clair. Ce bois est réputé depuis plus de trois siècles pour produire d’excellents merrains (pièces de bois servant à la confection des tonneaux).




Propriété des Ducs de Bourbon entre le milieu du XIVe siècle et 1527 (année du rattachement du duché à la Couronne), la forêt de Tronçais fut en partie délaissée jusqu’en 1665. Cette année-là, Colbert décida de la faire borner et de la diviser en neuf gardes (= secteurs forestiers), avant de lancer, en 1670, une gestion raison de la futaie dans le but de produire du bois de marine. La sylviculture, la filière bois et le tourisme vert forment les trois activités essentielles du Pays de Tronçais. La forêt de Tronçais est également un remarquable espace cynégétique où trois rallyes subsistent encore. Par ailleurs, une trentaine de circuits de randonnée sont balisés et l’ONF organise chaque été des visites guidées du massif de Tronçais dont 1 145 ha sont classés en site Natura 2000. L’essentiel des activités touristiques proposées en Pays de Tronçais sont regroupées et mises en synergie dans un Pass’Tronçais. L’unicité et la force du paysage forestier a présidé au développement d’un véritable sentiment d’appartenance qui prit naissance sous la plume de Jacques Chevalier (La Forêt de Tronçais, notice descriptive et historique, 1913) et relayé depuis 1954 par la Société des Amis de la Forêt de Tronçais (http://www.amis-troncais.org/).
Le Pays de Tronçais possède deux têtes de faible rayonnement : Cérilly (
http://www.mairie-cerilly.fr/) 1 384 habitants en 2007 (1 820 en 1982) et Ainay-le-Château (http://www.ainay-le-chateau.fr/) 1 107 habitants. Disposant d’une zone de chalandise plutôt modeste, ces deux bourgs-centres sont concurrencé par la proximité de Saint-Amand-Montrond, située dans le département du Cher. L’une des grandes problématiques du canton de Cérilly est indubitablement celle de la déprise démographique : en 1982, ce canton comptait encore 7 700 habitants, en 2007 sa population ne s’élevait plus qu’à 6 100 habitants (- 20 %), pour une densité de 19 h/km².
Une communauté de Communes existe depuis décembre 1999. Cette structure territoriale (
http://www.pays-de-troncais.com/) a pris le relais d’un syndicat intercommunal créé en 1967 auquel étaient rattachées les communes de Vallon-en-Sully et Nassigny qui ont préféré rejoindre la com com du Val de Cher. Son territoire s’étend sur 49 500 hectares, regroupe 16 communes (Ainay-le-Château, Braize, Cérilly, Couleuvre, Hérisson, Isle-et-Bardais, Le Brethon, l’Etelon, le Vilhain, meaulne, Saint-Bonnet-de-Tronçais, Saint-Caprais, Theneuille, Urçay, Valigny et Vitray) et rassemble environ 8 000 habitants. Les réalisations économiques de la com com sont encore minimes. Huit Zones d’activités existent en Pays de Tronçais : 3 sur la commune de Couleuvre (le pôle artisanal de La Fabrique 3,5 ha avec une usine de porcelaine de 16 employés, la ZA de La Lande 1,8 ha, la ZA Rozières 2,5 ha), 2 sur la commune de Cérilly (ZA de Font Pichot 4 ha, et une Zone commerciale de 2,9 ha), la zone artisanale de la Modière sur la commune de Theneuille 2 ha, la zone intercommunale des Terres Franches sur la commune d’Urçay 0,8 ha et, enfin, la ZA de La Tuilerie, 18 ha, sur la commune de Meaulne, avec l’entreprise Berrywood, implantée en 1995, forte de 90 emplois (la plus importante entreprise de la filière bois du Pays de Tronçais).
Le projet le plus ambitieux de la com com de Tronçais est la réhabilitation du site des anciennes forges de Saint-Bonnet-de-Tronçais, créé en 1788 par Nicolas Rambourg. L’activité sidérurgique se maintint jusqu’en 1932, elle fut alors remplacée par une succession d’activités liées à la filière bois jusqu’à la fermeture définitive du site industriel en 2003. Le but de cette réhabilitation estimée à près de 10 millions d’euros est de créer un espace culturel et touristique mais aussi une réserve foncière dédiée aux activités économiques.


S. HUG


mardi 27 septembre 2011

Berbouilles, Courlouis, Gueules noires et Liadins.

-


Le succès de l'ouvrage de Louis Pergaud, La Guerre des boutons, paru en 1913, repose sur l'universalité des rivalités qui opposent, depuis la nuit des temps, le village de Longeverne à celui de Velrans. Cet esprit de clocher, cultivé au fil des générations, conduisait, dans presque toutes les campagnes de l'ancienne France, à toiser les gens d'en face, ceux qui vivaient de l'autre côté de la rivière, de la forêt, ou de la colline, à railler leurs défauts devenus légendaires et à les affubler de surnoms volontiers grotesques. Voici l'histoire, encore proche, des Berbouilles, Courlouis, Gueules noires et autres Liadins, ineffables héros du Pays lapalissois.



Les Berbouilles désignaient autrefois les gens de Saint-Prix. Au regard des Lapalissois, ces Berbouilles étaient en fait, des Barbouille-merde, c'est-à-dire des crotteux et autres bouseux, cruelle étiquette qui marquait l'écart qui existait entre la ville et la campagne.



Les Courlouis étaient ceux de Billezois. Leur plaine sablonneuse était si plate et si désolée qu'ils avaient soit disant finis par adopter la démarche du courlis, un échassier autrefois commun dans nos campagnes bourbonnaises.



Les Gueules noires étaient ceux du Breuil. On raconte qu'autrefois les ronciers pullulaient tout autour du Breuil et que les habitants du village avaient fait de la tarte aux mûres une spécialité qui noircissait le pourtour de leur bouche.



Les Liadins étaient ceux d'Arfeuilles dont on raillait volontiers la crédulité, pour ne pas dire la bêtise, du moins celle que l'on perçoit toujours chez son voisin... On raconte que trouvant leur église mal située par rapport au centre de leur village, les Arfeuillats décidèrent un jour de la déplacer à l'aide d'énormes cordes de laine. Après quelques efforts, certains s'écrièrent "ça bouge liadins ! continue !". En fait, il ne s'agissait que des fibres de la laine qui travaillaient sous l'action des tireurs (les liadins). Ce surnom leur resta attachés pendant des décennies.


-


S. HUG



samedi 24 septembre 2011

LES CARNETS DE BORVO : le Pays gannatois.

Le Pays gannatois est situé au sud du département de l’Allier et constitue un territoire de transition entre les ondulations du bocage bourbonnais et la plaine de la Limagne auvergnate. Ce pays communique d’ailleurs depuis une trentaine d’années autour de cette notion de double appartenance même s’il regarde de plus en plus vers le sud en mettant en avant une identité « occitane » (création d’un Passeport occitan et culturel en 2008) qui tient plus du marketing que de l’ordre du ressenti. L’identité historique du Pays gannatois fut clairement exposée pour la première fois en 1958 par A. Freydière dans Le pays gannatois dans son cadre auvergnat et bourbonnais à la fin de l’Ancien Régime. La création, en 1971, du Musée Yves-Machelon (présentant notamment un Evangéliaire carolingien de la fin du IXe siècle) dans l’ancien château de la ville, celle d’une Société culturelle et de recherche du Pays gannatois (publiant le trimestriel Le Pays Gannatois), ainsi que les études de René Germain (ancien professeur d’Histoire médiévale à l’Université de Saint-Etienne) furent autant de jalons qui marquèrent le développement de cette identité gannatoise.
Une chose est cependant sûre : le pays gannatois est incontestablement le plus clermontois des pays bourbonnais. Les mouvements routiers pendulaires en liaison avec la capitale auvergnate (située à 40 km) y sont de plus en plus intenses (A 71 et ancienne RN 9). En revanche, la liaison ferroviaire demeure secondaire puisqu’il faut inévitablement passer par la gare de Vichy pour rejoindre Clermont-Ferrand. Une liaison autoroutière A719 devant relier l’agglomération vichyssoise à Gannat devrait être mise en service en 2014. Gannat et son pays appartiennent à ce couloir central auvergnat qui, de Brioude à Moulins, concentre population, infrastructures, innovation et hauts revenus. Si en vingt-cinq ans, la ville de Gannat a perdu 6 % de sa population (6 255 habitants en 1982 – 5 881 en 2007), le canton de Gannat n’a perdu quant à lui que 3 % de sa population (9 978 habitants en 1982 – 9 663 en 2007), ce qui est peu à l’échelle de notre département car la plupart des cantons ruraux bourbonnais ont perdu entre 10 et 20 % de leur population durant la même période. Cette bonne tenue démographique (densité de 68 h/km² dans le canton de Gannat) doit beaucoup à l’installation, ou au maintien, de jeunes couples travaillant sur l’agglomération Clermontoise et sur le bassin de Vichy. Alors que cette zone rurale mitée par le monde urbain a basculé à droite en 2001, la ville de Gannat est demeurée à gauche sous la houlette de Louis Huguet de 1983 à 2014. Au printemps 2014, Gannat bascula à droite avec l'élection au poste de maire de la jeune juriste Véronique Pouzadoux.
La ville de Gannat est le centre incontesté de ce pays (Broût-Vernet et Escurolles, faisant toutes les deux partie de la com com du Bassin de Gannat, sont les deux communes les plus peuplées après Gannat avec respectivement 1 150 habitants et 700 habitants). Si Gannat ne possède pas un tissu industriel très fourni (citons simplement la société ELMADUC - Electrométallurgie du Centre - créée en 1949, spécialiste de la menuiserie extérieure en aluminium qui emploie 42 personnes et sur la ZAC des Prés-Liats le transporteur Trans Froid Auvergne qui emploie une soixantaine d’employés) le point fort actuel de la ville est d’offrir de nombreux équipements de proximité aux habitants des communes environnantes (environ 120 commerces de centre-ville, notaires, administrations, professions médicales, collèges, lycée, cinéma, zone commerciale, marchés les mercredis et samedis matin…).
Les contours de la Communauté de communes du Bassin de Gannat créée en 2000 reflètent la vitalité de cette petite ville qui comptait déjà par le passé (environ 5 000 habitants au XVIIIe siècle). Présidée depuis sa création par Louis Huguet, maire de Gannat depuis 1983, conseiller général entre 1976 et 2001, cette com com regroupe seize communes (les douze communes formant le canton de Gannat, à savoir : Gannat, Broût-Vernet, Biozat, Charmes, Monteignet-sur-l’Andelot, Saint-Priest-d’Andelot, Poëzat, Bégues, Saulzet, Jenzat, Mazerier, Saint-Bonnet-de-Rochefort, Le Mayet-d’Ecole, auxquelles s’ajoutent trois communes du canton d’Escurolles : Escurolles, Saint-Germain-de-Salles et Saint-Pont et enfin, une commune du canton de Chantelle, Saint-Germain-de-Salles). Cette com com a créé quatre zones industrielles et artisanales communautaires (ZIAC des Prés-Liats, de Malcourlet et des Clos-Durs à Gannat, ZIAC Naturopôle à Saint-Bonnet-de-Rochefort). L’acte fondateur du Naturopôle de Saint-Bonnet-de-Rochefort fut l’installation en 1987 sur le site des Tiolans du laboratoire de Phytothérapie et d’herboristerie (L.P.H). Dix ans plus tard, la zone d’activités des Tiolans devint la première zone économique liée à un thème rural et prit le nom de Naturopôle. En 2006, le Parc Naturopôle Nutrition Santé obtint le label « Pôle d’excellence rurale ». Ce pôle emploie actuellement environ 200 personnes. La com com a également menée une profonde réflexion dans le domaine du tourisme et de la valorisation du patrimoine. Les deux points forts du tourisme gannatois sont le Festival des Cultures du Monde, fondé en 1974 par Jean Roche (environ 50 000 spectateurs chaque mois de juillet) et le centre paléontologique Rhinopolis (environ 7 000 visiteurs/an), créé en 1994 à la suite de la découverte, sur le site du Mont-Libre, d’un squelette de Rhinocéros vieux de 23 millions d’années.Au printemps 2012, Rhinopolis fut remplacé par le Parc Paléopolis qui accueille en moyenne 35 000 visiteurs par an. 


-


S. HUG


dimanche 11 septembre 2011

Le café Lepiniec à Lapalisse

L'évolution des cafés, bistrots, brasseries et hôtels est un chantier neuf de l'Histoire sociale. Après avoir raconté l'histoire de l'Auberge des Espalus, du café Benattan et publié une e-interview de Noëlie Morlat, voici un article consacré au café Lepiniec, aujourd'hui disparu du paysage lapalissois.


Situé à l'entrée du pont, lorsque l'on venait de Roanne, ce café (l'ancienne maison Morand de la Belle Epoque) fut une vraie institution lapalissoise. De 1941 à 1972, les époux Lepiniec furent l'âme de ce lieu.


Julien Lepiniec naquit en 1903 à Comblessac (Ile-et-Vilaine). Fils d'un sabotier, comme beaucoup de Bretons de sa condition, Julien fut très tôt tenté par l'appel de la Capitale dans l'espoir d'y construire une vie meilleure. Ce fut à l'occasion de son passage sous les drapeaux que Julien Lepiniec, soldat à la 22eme section d'infirmiers militaires, découvrit Paris. Libéré de ses obligations, Julien devint chauffeur personnel des Rothschild et ne tarda pas à rencontrer Marie-Louise Crouzier (née en 1901 à Droiturier), également au service de la richissime famille de banquiers. Le 21 janvier 1926, les deux gens jeunes s'unirent devant le maire du 17e arrondissement.
En 1939, les deux époux quittèrent Paris, en même temps que leurs patrons. En 1941 Julien et Marie s'installèrent à LAPALISSE, 2 place de l'Industrie, où ils reprirent le GRAND CAFE DU PONT. La soeur de Marie avait par ailleurs épousé M. Chambonnière et tenait un atelier et une boutique de modiste juste en face du café, sur la place de l'Industrie.




Jacques Chambonnière, neveu des époux Lepiniec se souvient de son oncle, homme qui resta toute sa vie très attaché à sa Bretagne natale, en ses termes : "Jules était un bon vivant, jovial, gai, qui aimait à raconter des blagues, jouer aux boules, il pratiquait également le jardinage en dilettante".




Le Café comportait deux salles au rez-de-chaussée, dans la première, le zinc et un billard, et des tables et des chaises dans l’arrière salle où se retrouvaient beloteurs et bridgeurs. A l’étage, des chambres louées à des VRP ou des employés loin de leur domicile, mais aussi une salle où se réunissaient souvent des associations locales (Comité des Fêtes, aéro-club, modélisme...).



Au décès de Julien en 1957, Marie continua à exploiter le Café jusqu'en 1972, année de sa disparition. En 1976, afin de faciliter la circulation et la visibilté dans le virage du Pont, la municipalité décida de raser la bâtisse.



-




Un immense remerciement à M. Yves Bara, parent des Lepiniec et généalogiste breton, ainsi qu'à M. Jacques Chambonnière, neveu du couple de cafetiers.




S. HUG








samedi 10 septembre 2011

LES CARNETS DE BORVO : le Saint-Pourcinois

Le Saint-Pourcinois possède une double structure annulaire qui s’étend au sud du couloir central bourbonnais, entre Sioule et Allier. Au cœur de ce système, se situe une zone viticole s’étendant sur 19 communes incrustée dans le territoire d’une communauté de communes qui, au total, rassemble 27 communes. Si l’on excepte les agglomérations moulinoise, vichyssoise et montluçonnaise, le Saint-Pourcinois est actuellement la zone la plus dynamique du Bourbonnais : le canton de Saint-Pourçain est ainsi passé de 10 300 habitants en 1982 à 10 800 en 2007 ce qui constitue une véritable exception au regard des autres zones rurales de l’Allier. Cette croissance démographique profite plus aux communes du vignoble qu’à la zone urbaine de Saint-Pourçain qui a perdu 200 habitants en vingt ans (5 200 en 1982 – 5 000 en 2006). La viticulture, l’existence d’un bassin d’emploi de près de 2 000 emplois et l’installation de nombreuses familles travaillant sur l’agglomération vichyssoise ont fait du Saint-Pourcinois une zone de hauts revenus à l’échelle du département de l’Allier.
Le vignoble (
http://www.vin-saint-pourcain.fr/). Si l’origine antique du vignoble de Saint-Pourçain est mise en avant à des fins culturelles et identitaires, les indices archéologiques sur lesquels est bâtie cette hypothèse sont trop ténus pour véritablement l’affirmer. Les premières mentions littéraires concernant les vins de Saint-Pourçain remontent au XIIIe siècle. A cette époque, ces vins étaient servis à la table royale, puis, au siècle suivant, à la table papale d’Avignon. La superficie du vignoble ne cessa d’augmenter jusqu’au XVIIIe siècle pour finalement atteindre environ 8 000 hectares. Au cours du XIXe siècle, le vignoble Saint-Pourcinois fut concurrencé par l’émergence de grands vignobles français et subit surtout de plein fouet la crise du phylloxéra entre 1892 et 1900. Les opérations de réencépagement s’accélérèrent après la Seconde Guerre Mondiale. En 1951, l’appelation VDQS (Vins De Qualité Supérieure) fut obtenue et l’année suivante, une cave coopérative fut créée à Saint-Pourçain groupant près de 600 producteurs. Aujourd’hui, le vignoble de Saint-Pourçain s’étend sur 650 hectares (3 types de sols : argilo-calcaire, granitique et sables et graviers) sur une bande 40 km de long sur 5 à 7 km de large. Alors que les rouges représentent environ les 2/3 de la superficie de ce vignoble (Gamay et Pinot noir), les blancs ne représentent qu’un tiers de l’encépagement (Chardonnay et Trésallier, un cépage local).


La production annuelle oscille entre 20 000 et 25 000 hectolitres dont plus des deux tiers sont mis en bouteille et commercialisés par L’Union des Vignerons (http://www.vignerons-saintpourcain.com/) qui prit la suite de la Cave coopérative en 1982. L’Union des Vignerons regroupe actuellement 93 adhérents (il ne subsiste plus que 17 caves indépendantes) et réalise environ 5,5 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 15 % à l’exportation (Benelux, USA, Canada, Japon, Europe du Nord) – environ 11 000 hectolitres de rouge, 4 000 de rosé et 6 000 de blanc.
Dès les années 80, l’Union des Vignerons se lança dans une habile politique de communication et de préservation du patrimoine viticole. En 1985, une route des Vins fut créée afin de permettre à chaque producteur de se faire connaître des touristes. En 1987, l’Union des Vignerons lança la fameuse Ficelle. Il s’agit d’un Gamay primeur, dont la bouteille de 75 cl est décorée d’une sérigraphie représentant, chaque année, un nouveau dessin satirique parfois réalisé par un grand nom de la caricature française. La Ficelle tire son nom, selon la tradition locale, d’un tavernier de la ville, nommé Gauthier, qui mesurait la consommation de ses clients en trempant dans les pichets une ficelle maillée de nœuds. Chaque année, près de 25 000 bouteilles sont vendues. Au début des années 2000, un Musée de la Vigne et terroir fut installé dans la Maison du Bailli à Saint-Pourçain et un Conservatoire des anciens cépages (13 d’avant la crise du phylloxéra) fut créé sur deux hectares au pied du château de Chareil-Cintrat. En 2006, la com com du Saint-Pourcinois créa le Festival viticole et gourmand qui, à l’échelle de tout le territoire et sur deux semaines, draîne désormais près de 15 000 personnes. La consécration ultime intervint en mai 2009 avec l’obtention de l’AOC (Appellation d’Origine Contrôlée).
La ville de Saint-Pourçain (
http://www.ville-saint-pourcain-sur-sioule.com/) , forte de près de 5 000 habitants, est l’incontestable capitale de ce territoire. Proposant une gamme complète de services de proximité (professions médicales, commerces, supermarchés, administrations, notaires, avocats, collège, lycée…) de réunions agricoles encore suivies (marché hebdomadaire du samedi et Foire aux vins et aux bestiaux de février), cette ville dispose également d’un patrimoine intéressant (notamment une remarquable église abbatiale édifiée entre le Xe et le XVe siècle) qui est de plus en plus mis en valeur par un Office de Tourisme qui, au regard de la richesse de ce territoire, n’a pas obligé de rappeler sans cesse que Saint-Pourçain fut une enclave auvergnate jusqu’au XVe siècle. Saint-Pourçain possède également d’une vie culturelle relativement dynamique : Université indépendante, association Archiclassique (mise en valeur des patrimoines roman, gothique et baroque d’Auvergne) créée en 1988 par Annie Regond, maison d’édition Bleu Autour, créée en 1997 par Patrice Rötig et également la petite salle de concert La Sangria.
Saint-Pourçain contrôle un bassin d’emplois de près de 2 000 unités dont les deux principaux pôles sont implantés sur le territoire communal, à savoir : l’industrie du cuir (Louis Vuitton - 650 emplois) et le traitement des métaux (Galva Eclair – 150 emplois et Déco Galva – 75 emplois). L’implantation du maroquinier de luxe Louis Vuitton en 1990 sur le site de la ZAC des Jalfrettes, fut motivée par l’existence d’une main d’œuvre locale qualifiée (à 70 % féminine) qui était restée sur le carreau après la fermeture de l’usine Bally en 1988. Aujourd’hui, Vuitton possède trois unités de production aux Jalfrettes (environ 600 emplois) d’où sortent près de 150 produits différents (une quatrième unité est en projet). Le Président Nicolas Sarkozy visita ces ateliers le 26 janvier 2008.
La Communauté de communes du Saint-Pourcinois (
http://www.comcompayssaintpourcinois.fr/) fut créée le 1er décembre 2002, elle remplaça le SIAD de Chantelle et de Saint-Pourçain. Dans ce pays penchant plutôt à droite, le maire de Saint-Pourçain, Bernard Coulon (UDF, puis Modem et aujourd’hui non inscrit, maire de la ville depuis 1995), fut la cheville ouvrière d’un partenariat efficace avec tous les décideurs locaux quelque soit leur couleur politique. Cette com com rassemble pas moins de 27 communes (le canton de Saint-Pourçain n’en possède que 14) et elle est à ce fait la plus vaste d’Auvergne. Après avoir cherché, durant les premières années de son existence, à bien définir ses domaines de compétence, cette com com accèda enfin à la maturité opérationnelle au milieu des années 2000. Parmi ses principales réalisations, citons : quatre zones artisanales (les Jalfrettes – commune de Saint-Pourçain, l’Usine AL - pro à Chantelle, ZA des Cassons à Bayet et ZA des Echerolles à Saint-Loup sur laquelle est située une plate-forme logistique de 5 hectares) et la création d’un centre culturel et de loisirs au château de la Motte à Louchy-Montfand. Evoquons également le projet 3CB sur la commune de Bayet (http://www.3cb.fr/
). Il s’agit d’un projet de 300 millions d’euros visant à construire et à exploiter une installation de production d’électricité de 410 MW fonctionnant grâce à la technologie du CCG (Cycle Combiné Gaz) respectueuse de l’environnement. L'exploitation commerciale a débuté en juin 2011 et a généré 35 emplois directs.


Notons enfin qu'au point de vue touristique, le village de Charroux (324 habitants en 1990 - 383 en 2008), au patrimoine médiéval largement préservé (http://www.charroux.com/) connaît depuis une petite dizaine d'années un engouement remarquable et remarqué grâce au notamment à son artisanat d'art. Emerge également, le bourg de Chantelle (1100 habitants, population stable depuis le début des années 1970) qui possède à la fois une remarquable abbaye bénédictine de style roman auvergnat (http://www.benedictines-chantelle.com/) et un beau patrimoine médiéval civil, bref, un potentiel touristique en devenir.



S. HUG





jeudi 1 septembre 2011

Une photo à la Une

Deux cordonniers lapalissois (anonyme, circa 1910, collection privée).

AVIS DE RECHERCHE HISTORIQUE

-


Habitants de Lapalisse, je viens solliciter votre aide pour éclaircir un point d’histoire et, je l’espère, rendre justice à des citoyens de votre ville. Auparavant, permettez-moi de me présenter brièvement : né en Alsace en 1949, je suis installé depuis une trentaine d’années dans une ancienne ferme isolée des Hautes-Vosges, où j’écris et publie des contes pour enfants, de la poésie et des textes de chansons pour plusieurs interprètes de la région.


Voici l’objet de ma requête. Avant la dernière guerre, mes grands-parents maternels, Isidore et Pauline Bloch dirigeaient une imprimerie à Strasbourg, installée juste derrière la statue de Gutenberg, à deux pas de la cathédrale de la capitale alsacienne, remarquable par sa flèche unique et sa célèbre horloge astronomique.Lorsque les lois anti-juives furent promulguées, et avec elles le port obligatoire de l’étoile Jaune, mes grands-parents décidèrent de fuir Strasbourg avec leur fille Madeleine – ma mère – et se réfugièrent, pour des motifs que j’ignore, chez vous à Lapalisse. Ils y tinrent un petit commerce de mercerie, couture et laine situé rue du Marché, non loin de la gendarmerie de l’époque.


Pendant ce temps, leur fils Henri était sous les drapeaux.Tout le matériel de leur imprimerie fut confisqué par l’occupant nazi. On le retrouvera après le conflit dans le nord de l’Allemagne, ce qui procurera à ma grand-mère quelques menus dommages de guerre.Henri, capturé par les Allemands en 1941, se retrouva dans un camp de prisonniers à Hambourg puis en Poméranie. Mon grand-père Isidore, miné physiquement par les privations et moralement par le sort réservé aux Juifs, mourut à Lapalisse en novembre 1941. Sa veuve Pauline et sa fille Madeleine trouvèrent refuge juste au pied du château, dans la maison de la famille Auroux. Plus tard, c’est dans les cuisines du château qu’elles furent cachées - par la Comtesse de Chabannes, si je ne m’abuse - mêlées au personnel de service, composé de nombreux«parias ».



ci-dessus : Le caporal Henri au Stalag 2 de Hambourg en 41 ; dessin au crayon d’un autre prisonnier




En mars 1943, lorsque le vent de l’Histoire se décida à tourner, les Alliés se préparant à débarquer en Normandie tandis que les troupes russes marchaient sur l’Allemagne, Henri pressentit que les soldats allemands en pleine débâcle ne s’embarrasseraient pas de prisonniers dans leur fuite et décida, avec un ami strasbourgeois, de s’évader. En pleine nuit, ils parvinrent à franchir les barbelés du camp. Malheureusement, une sentinelle allemande les repéra du haut de son mirador et fit feu dans le dos des fuyards. Henri fut tué d’une balle en plein cœur, balle qui vint s’écraser contre les pièces de monnaie contenues dans son portefeuille. Cet objet macabre, que j’ai eu l’occasion de voir et de toucher, reste pour moi le symbole criant de l’absurdité des guerres. Un soldat français, originaire de Paris, cherchant son régiment, découvrit le corps d’Henri et lui donna “une sépulture chrétienne”, comme il le précise dans le courrier envoyé à ma grand-mère, auquel sont joints un plan précis de l’emplacement de la tombe et le portefeuille contenant toujours la balle mortelle.


ci-dessus : la famille Auroux, propriétaire du moulin de la Ville (cliché de 1943).




Le corps d’Henri ne sera jamais rapatrié, ma grand-mère craignant qu’une erreur d’appréciation sur le terrain ne lui ramène le corps d’un“boche”. De retour à Strasbourg, Pauline, privée de mari et de fils, et sa fille Madeleine n’étaient pas encore au bout de leurs épreuves : leur appartement était certes intact et rien n’y manquait, mais c’était du fait qu’il était occupé par un milicien, qui renvoya brutalement les deux femmes à la rue. Quelques jours plus tard, il disparut ; on retrouva son corps sans vie flottant sur l’Ill. Le centre-ville de Strasbourg ayant subi de multiples bombardements, le local de l’imprimerie étant dévasté, Pauline installa un petit commerce de papeterie dans un baraquement de fortune, comme bon nombre d’autres commerçants. Quatre ans plus tard, c’est dans ce lieu que retentirent mes premiers cris.


Aujourd’hui, il me paraît essentiel, par simple souci de justice et par devoir de mémoire, de retrouver la trace des personnes qui ont, au mépris du danger, sauvé et abrité mes grands-parents et leur fille. Il est peut-être bien tard, mais j’espère encore voir leur nom figurer au registre des Justes.



Habitants de Lapalisse, si vous pouvez m’aider dans cette recherche, je vous en serais hautement reconnaissant.

-

Roland Marx

1, Le Pré Lallemand Habeaurupt 88230 PLAINFAING

Tél. : 03.29.50.83.25 courriel : nicrol88@orange.fr