mercredi 1 octobre 2008

Arfeuilles, ancienne rivale de Lapalisse

Tout territoire est une construction sociale tissée de sentiments et pouvant se lire telle une Carte du Tendre. Alors que les affinités électives y dessinent des crêtes, les relations de désamours forment autant de creux ridant le paysage social. Le canton de Lapalisse n'échappe pas à cette règle. Par le passé les relations entre le bourg d'Arfeuilles et notre ville furent par exemple loin d'être idylliques.




A la fin du XVIIIe siècle, la paroisse d'Arfeuilles comptait près de 3 000 habitants (alors que Lapalisse n'en n'alignait que 1 900). En plus des douze foires annuelles et du marché hebdomadaire du mercredi, le bourg montagnard possédait deux tanneries, douze moulins à écorce ou à chanvre, six moulins à blé, ainsi qu'une vingtaine d'ateliers de sabotiers. Une petite bourgeoisie locale (deux bonnes douzaines de familles d'artisans certes, mais aussi deux notaires, un huissier, un juge, un chirurgien et deux apothicaires) dominait la vie paroisiale. La Révolution prit acte du rayonnement d'Arfeuilles en l'érigeant chef-lieu d'un canton (1791) qui réunissait les communes d'Isserpent, de Châtel-Montagne et de Châtelus. En 1800, le canton arfeuillat fut supprimé, écartelé entre celui de Lapalisse et celui du Mayet-de-Montagne. La vitalité des foires lapalissoises et le succès des ateliers de tissage de notre ville (concurrençant ceux des bords du Barbenan) renforcèrent le climat de rivalité qui s'était installé depuis 1800.
Cependant, bien vite, le bourg d'Arfeuilles s'assoupit, faute d'avoir pu s'inscrire dans la révolution des transports du XIXe siècle. A la fois trop éloigné du tracé rénové de la route royale de Paris à Menton (future Nationale 7) et de la ligne ferroviaire PLM de Roanne à Saint-Germain-des-Fossés, Arfeuilles resta en marge des accélèrations du siècle. Pour répondre au déclin de leur commune, la bourgeoisie d'Arfeuilles soutint la création d'un petit séminaire (qui fonctionna de 1828 à 1847, transformé par la suite en un pensionnat tenu par des Maristes jusqu'en 1878, puis en une Ecole libre qui ferma définitivement ses portes en 1905) et celle d'un hospice fondé en 1863 et dirigé par les soeurs du Bon-Pasteur. Mais rien ne put endiguer la décrue démographique qui prit un tour catastrophique (2 000 habitants en 1900, 720 au dernier recensement).
Si la rivalité entre Arfeuilles et Lapalisse semble éteinte depuis bien longtemps, il n'empêche que le bourg montagnard fut la seule commune de notre canton, avec celle de Châtelus, à choisir de ne pas appartenir au Pays de Lapalisse mais à la Communauté de Communes de la Montagne bourbonnaise... l'Histoire est parfois tenace.



S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

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